jeudi 13 avril 2006

Deux dynasties brillantes et tolérantes

Les chroniqueurs syriaques parlent souvent des rapports entre les Kurdes et les chrétiens syriaques qui habitent la Haute Mésopotamie. Ils louent particulièrement deux dynasties, celles des Marwanides et des ‘Ayubides de la Djézira

Les Marwanides

Les princes de la dynastie des Marwanides régnèrent sur la grande province du Diyar Bakr de 372-478 h./983-1085 après J.-C. Comment retrouver leurs actions d’éclat, leur puissance suzeraine, leur gloire ardente, leur héroïque légende ? Ils vécurent à une époque où la jeunesse, l’audace, l’adresse, l’intelligence se dépensaient généreusement pour fonder un nouvel État, une brillante dynastie...

Le Diyar Bakr constituait l’un des trois districts de la Djézira, “la presqu’île”. C’était ainsi que les auteurs appelaient la Haute Mésopotamie, région comprise entre les cours supérieurs du Tigre et de l’Euphrate. La Djézira comprenait encore les districts de Diyar Rab’ia (chef-lieu Mossoul) et Diyar Mudar (chef-lieu Rakka, sur la rive gauche de l’Euphrate). Elle correspondait à un territoire situé de nos jours en Syrie, en Irak, en Turquie.

Des Kurdes, d’origine indo-européenne, vivaient avec d’autres peuples dans le Diyar Bakr, province éloignée de Bagdad, à la limite de l’empire byzantin, qui, outre Amid, incluait plusieurs cités et cantons : Arzan, Mayyafarkin (en syriaque Maïpherqat), Hasankeyf mais aussi Khilat, Melazgerd, Ardjish, et un canton situé au nord-est du lac de Van.

Le début de la dynastie des Marwanides

Le chroniqueur de la Djézira au douzième siècle, Ibn al-Azrak al-Fariki, ainsi que l’écrivain arabe Ibn al-Athir, et les chroniqueurs syriaques Elie de Nisibe, Michel le Grand, se plurent à nous conter l’histoire des Marwanides.

Le fondateur de cette dynastie fut un berger kurde, Abu Shudja ’Badh b. Dustak. Il abandonna ses bêtes, prit les armes, devint un vaillant chef de guerre et acquit une certaine notoriété.

A la mort de ‘Adud al Dawla, qui gouvernait l’empire musulman, en 983, un Buyide de la dynastie d’émirs iraniens, Badh prit Mayyafarkin, ville située au nord-est du Diyar Bakr. C’était l’ancienne Martyropolis, l’actuelle Silvan. Il s’empara aussi d’Amid, d’Akhlat, et de Nisibe.

Nisibe, assise au sud de la région montagneuse de Tur ‘Abdin, avait une longue histoire. Marche-frontière entre les Sassanides et les Byzantins, elle était aussi un point de transit des caravanes. Elle avait été soumise par les Arabes en 639.

Le Tur 'Abdin

Badh ne réussit pas à dominer Mossoul et mourut en 990, victime d’une coalition ourdie par les Hamdanides, dynastie d’émirs arabes qui régnait en Haute Mésopotamie et en Syrie depuis l’an 905, et par les ‘Uqaylides, famille d’émirs arabes shi’ites.

Le beau-frère de Badh, Marwan, donna son nom à la nouvelle dynastie. Ses trois fils allaient régner successivement sur le Diyar Bakr.

Le chroniqueur Elie de Nisibe et les Marwanides

Un chroniqueur syriaque, Elie, métropolite de Nisibe, fut le témoin avisé de l’arrivée des Marwanides. Dans ses écrits, il parle élogieusement de ces émirs éclairés, tolérants. Ne surent-ils pas nouer des relations pleines d’estime, de respect, d’amitié, avec les intellectuels syriaques orientaux (nestoriens) et occidentaux (jacobites), qui résidaient en majorité dans les villes de leur principauté et cohabitaient sans heurts avec les Kurdes et les Arabes ?

Qui étaient les Syriaques ? Les héritiers des antiques Assyriens, des Babyloniens, et aussi des Araméens. Les Syriaques parlaient un dialecte de l’araméen. Ils en firent une langue culturelle et scientifique, le syriaque. Ils se convertirent, dès les premiers temps de notre ère, au christianisme. Edesse et sa région furent des foyers d’évangélisation active.

Elie de Nisibe, appelé aussi Elie bar-Shenaya, naquit le 11 février 975 dans la ville de Shena, assise au confluent du Tigre et du grand Zab, centre d’un évêché syriaque oriental depuis le début du VIIIème siècle. Il se fit moine. Il fut ordonné prêtre, évêque, puis fut nommé en l’an 1008 métropolite de Nisibe.

La ville était, au début du onzième siècle, fort agréable, avec ses belles maisons, sa mosquée, ses bains, ses riches jardins. Elle relevait politiquement et administrativement de l’émir du Diyar Bakr.

Religieusement, Nisibe était depuis longtemps un foyer important. Elle abrita une fameuse école, dont l’évêque Jacques de Nisibe jeta les bases au quatrième siècle.

Le métropolite Elie vécut dans cette ville jusqu’à sa mort qui survint en 1146 et s’adonna à divers travaux intellectuels. Il connaissait le syriaque et l’arabe, la culture islamique. Il laissa des oeuvres nombreuses, comme la Chronographie, une Grammaire syriaque, un Lexique arabo-syriaque, des hymnes, des homélies métriques, des lettres, écrits en syriaque.

Elie de Nisibe écrivit en arabe des oeuvres théologiques et morales.

Sa Chronographie, datée de 1018, conserve une grande importance pour l’histoire kurde, car l’auteur nous donne des détails précieux sur les biographies des premiers souverains marwanides et sur les rencontres des savants syriaques et des Kurdes.


La tragédie de l’émir Abu ‘Ali al-Hasan b. Marwan

Elie de Nisibe évoque brièvement la vie d’Abu ‘Ali al-Hasan.

Après la mort de son oncle Badh, l’aîné des fils de Marwan se retira à Hisn-Kayfa, épousa la veuve du vieux chef de guerre. Il combattit les derniers Hamdanides, les mit en déroute et ressaisit toutes les forteresses. Elie raconte la fin tragique de ce prince qui périt à Amid en 997 sous les coups des habitants en révolte. Son frère Abu Mansur Sa’id lui succéda, sous le nom de Mumahhid al-Dawla :

“ En lequel l’émir Abu ‘Ali, fils de Merwan, alla à Amid et les habitants sortirent au-devant de lui. Comme il entrait à la porte de la ville un homme appelé ‘Abd el Barr le tua, se révolta et domina la ville. Abu Mansur Sa’id, fils de Merwan, était alors gouverneur de Gézirta (Djézira). Quand il apprit que son frère était tué, il se hâta d’aller à Maïpherqat et y inaugura son règne le jeudi 7 Dulqa’da [11 novembre 997 de J.-C.]. Depuis ce moment il eut pour nom Mumahhid al-Dawla.” 1


Mumahhid al-Dawla Sa’id et le médecin Bokhtisho

Mumahhid, habile diplomate, sut se servir des ambitions des Byzantins présents au nord de l’Anatolie. Les relations de ce prince avec l’empereur de Byzance Basile II (976-1025) furent plutôt amicales. Quand Basile apprit le meurtre de David, roi du pays de Gorzan, (la Haute Géorgie), qui avait légué par testament son État à l’Empire byzantin, il abandonna la campagne qu’il avait entreprise en Syrie pour s’assurer de l’obéissance des émirs arabes et il franchit l’Euphrate. Il annexa l’État de David, reçut les serments des vassaux, venus à sa rencontre, comme Mumahhid al-Dawla, qui “mit le pied sur son tapis”, en l’an 999 :

“En lequel ( 390 h. / 1311 sél. ) mourut David, roi des Gorzaniens. Le roi des Romains, Basile, sortit dans le pays de Gorzan. Mumahhid al-Dawla vint au-devant de lui et marcha sur son tapis. Le roi le reçut avec joie et le fit maître. Il y eut alors la paix aux frontières. ”2


Mumahhid al-Dawla profita de cette paix pour restaurer les remparts de sa capitale Mayyafarkin, demeure de sa souveraineté, et y faire inscrire son nom, qui rayonne encore de nos jours.

En l’an 1000, il demanda à l’émir buyide Baha’ al-Dawla de lui envoyer le médecin chrétien Gabriel b. ‘Abd Allah b. Bokhtisho, attaché à l’hôpital de Bagdad. Ce dernier descendait de la célèbre famille des Bokhtisho, au service des califes ‘abbassides depuis Al Mansur (754-775). Alors âgé de 80 ans, Gabriel monta avec son fils vers la petite ville fortifiée de Mayyafarkin pour y prendre ses fonctions. Il y mourut deux ans plus tard, couvert d’honneurs et de richesses.

Mumahhid al-Dawla Sa’id connut une fin tragique, comme son frère Abu ‘Ali al-Hasan. Mécontent, peiné, Elie de Nisibe regretta longtemps son prince. Il qualifia d’impie, terme très fort chez les Syriaques, l’homme qui abattit par la ruse “l’émir béni”, qu’il estimait tant. Le jeune frère de Mumahhid, Nasr al-Dawla Ahmad, combattit aussitôt le meurtrier. Dieu, dans sa justice, lui donna la victoire en l’an 1010 :

“En lequel l’impie Sarwin usa de ruse pour tuer dans la nuit du jeudi 5 Gumada I [14 décembre 1010 de J.-C.] l’émir béni Mumahhid al-Dawla. Mais le Seigneur donna la victoire à Abu Nasr, frère de Mumahhid al-Dawla, et livra Sarwin dans ses mains. Il le tua et devint émir sous le nom de Nasr al-Dawla.” 3


L’émir victorieux Nasr al-Dawla Ahmad b. Marwan


Le troisième fils de Marwan, accéda donc au pouvoir, après les deux règnes précaires de ses frères aînés. Fin politique, il sut habilement s’imposer à l’émir buyide Sultan al-Dawla, au calife fatimide d’Égypte Al Hakim et à l’empereur de Byzance Basile II. Tous trois lui envoyèrent des messages de félicitations. Ils représentaient les grandes puissances qui entouraient l’État-tampon de Mayyafarkin.

Elie de Nisibe nous rapporte que Nasr al-Dawla Ahmad b. Marwan, “l’émir victorieux”, reconquit, en l’an 1011, Amid, ville importante de son territoire, alors dominée par son vassal Ibn Dimne :

“En lequel l’émir victorieux Nasr al-Dawla alla assiéger Amid et presser Ibn Dimne. Quand Ibn Dimne vit qu’il n’avait aucun secours à espérer, il se soumit à Nasr al-Dawla. Des fonctionnaires et des collecteurs d’impôts vinrent dominer la ville et y devinrent puissants. - En lequel Ibn Dimne fut tué. Ce furent des gens de la ville d’Amid qui le tuèrent. Nasr al-Dawla s’empara de la ville.”4


Nasr al-Dawla Ahmad, selon d’autres sources, reconquit Amid vers l’an 1024.

Il signa avec l’Empire de Constantinople un pacte de non-agression mutuelle, mais le viola une fois ou deux. La renommée de ce prince kurde, musulman, devint telle que les habitants d’Al-Ruha, (Edesse), à l’ouest, firent appel à lui pour les délivrer d’un chef arabe. Nasr al-Dawla b. Marwan s’empara de la ville d’Edesse en 1026-27, l’ajouta à ses possessions. Le célèbre auteur syriaque occidental Abou’l Faradj Bar Hébraeus (1226-1286) raconte la guerre en ces termes :

“En la même année, Nasr al-Dawla b. Marwan, le Seigneur du Diyar Bakr, régna sur la ville d’Edesse; celle-ci appartenait à un homme de la tribu de Numayr appelé Athyra qui était méchant et ignorant. Les Edesséniens écrivirent à Nasr al-Dawla pour lui livrer le pays. Nasr al-Dawla leur envoya son lieutenant qui séjournait à Amid et se nommait Zingi. Zingi conquit la ville et tua Athira.” 5

Bar Hebraeus

Nasr al-Dawla annexa donc Édesse, mais la ville fut reprise avec liesse par le roi de Byzance en 1031. N’occupait-elle pas une place particulière dans l’histoire du Christianisme ?

Le long règne de Nasr al-Dawla Ahmad marqua l’apogée de la puissance marwanide. Il bâtit une nouvelle citadelle sur une colline de Mayyafarkin où se trouvait l’église de la Vierge, il construisit des ponts, des bains publics. Il restaura l’observatoire. Des bibliothèques équipèrent les mosquées de Mayyafarkin et d’Amid.

Le souverain magnanime, juste et pragmatique, réunit autour de lui, dans la noble cité de Mayyafarkin, qu’animait le soleil de l’Orient, des ascètes, des savants, des historiens, tel Ibn al-Athir, des poètes, comme ‘Abd Allah al-Kazaruni, al-Tihami. Il donna refuge à des réfugiés politiques, tel le futur calife ‘abbasside Muktadi (1075-1099) Il chercha les plus belles concubines, les meilleurs cuisiniers, mais, fort pieux, observa strictement les prescriptions religieuses. Sa cour brillante impressionna les visiteurs par son luxe et son raffinement sans pareils, les retint un moment, les enivra comme une coupe de vin précieux.


Le vizir Abu al-Kasim al-Husayn al-Maghribi et le métropolite Elie

Nasr al-Dawla b. Marwan demeura au pouvoir pendant plus de cinquante ans, maintenant dans la paix son peuple. Il choisit d’éminents vizirs, qui dotèrent le Diyar Bakr d’une grande prospérité économique et culturelle. Citons parmi ceux-ci Abu al-Kasim al-Husayn al-Maghribi qui fut aussi vizir du prince ‘Uqaylide de Mossoul Kirwash b. al-Mukallad, puis du calife de Bagdad al-Kadir.

Al-Maghribi se mit au service de Nasr al-Dawla à Mayyafarkin et resta en fonction de 1025 à 1027. Homme de culture, il possédait une riche bibliothèque. Il écrivit plusieurs ouvrages politiques, dont un manuel sur le gouvernement idéal, Kitab fil-Siyasa, adressé à un monarque, sans doute Nasr al-Dawla b. Marwan.

Dans la principauté kurde de Mayyafarkin, Al-Maghribi entretint des rapports cordiaux avec quelques lettrés syriaques, ses sujets. Il aimait s’entretenir de questions religieuses avec Elie, métropolite de Nisibe, homme pieux, féru de connaissance et de savoir, doué d’un jugement sûr, plein de tact, de diplomatie.

Abu al-Kasim al-Husayn al-Maghribi, qui était encore en fonctions, mourut à Mayyafarkin, en 1027.

Abu Said Mansur b. Isa construit l’hôpital de Mayyafarkin

Les chroniqueurs arabes, comme Ibn Abi Usaybia (1194-1270), mentionnent avec éloges le frère d’Élie, Abu Said Mansur b. Isa, ce médecin de Mayyafarkin, qui avait mérité le surnom de Zahid al-Ulama, “le savant le plus détaché des biens matériels” :

“Zahid al-Ulama c’est Abu Said Mansur b. Isa; il était chrétien nestorien et son frère était métropolite de Nisibe, célèbre par ses vertus. Il exerçait le métier de médecin, au service de Nasr al-Dawla b. Marwan (à qui Ibn Butlân avait dédié le livre “Le banquet des médecins”) Nasr al-Dawla était très respectueux envers Zahid al-Ulama, il comptait sur lui dans le domaine de la médecine, et était bienfaisant à son égard. Ce fut Zahid al-Ulama qui bâtit l’hôpital de Mayyafarkin”

Usaybia continue son récit, il explique à ses lecteurs que

“la cause de la construction de l’hôpital de Mayyafarkin fut que Nasr al-Dawla b. Marwan avait une fille à laquelle il était très attaché et qui tomba malade. Il se promit que, "si elle guérissait, il donnerait en aumônes son poids de drahems. Et lorsque Zahid al-Ulama la soigna, et qu’elle guérit, il demanda à Nasr al-Dawla de consacrer la somme d’argent, qu’il voulait dépenser en aumônes, à la construction d’un hôpital utile à tous. Et ainsi il acquerrait beaucoup de mérites et une renommée excellente. Nasr al-Dawla lui donna l’ordre de construire l’hôpital et il dépensa beaucoup d’argent; il mobilisa des biens fonciers pour assurer les frais de fonctionnement de l’hôpital et il le dota des instruments les plus parfaits.” 6


Âme noble, charitable, louée pour l’excellence de ses mérites, Abu Said Mansur b. Isa dirigea l’hôpital et soigna avec dévouement les habitants de Mayyafarkin.

Il fut aussi un écrivain. Il rédigea plusieurs traités médicaux et un livre sur l’interprétation des songes, des visions. Il s’entendait bien avec son frère Elie qui lui dédicaça l’un de ses ouvrages, le “Livre sur la chasteté”.


Le philosophe et médecin Ibn Butlân à la cour de Mayyafarkin

Un autre médecin célèbre de l’époque, Abu ‘l-Hasan al-Muhtar, dit Ibn Butlân, noua des liens privilégiés avec l’émir Nasr al-Dawla b. Marwan. Praticien fort connu à Bagdad, philosophe, logicien, polygraphe, ce syriaque oriental avait été l’élève préféré d’Abu ‘l Faraj ibn al-Tayyeb, prêtre, médecin et commentateur d’Aristote (+ 1043)

Esprit libre, Ibn Butlân entreprit de nombreux voyages en Syrie, en Egypte, à Constantinople. Il visita l’État de Mayyafarkin, attiré par sa cour brillante et somptueuse. Il dédia au prince marwanide, pour le distraire, son traité “ Le banquet des médecins” satire des docteurs et de leurs moeurs.

Ibn Butlân rédigea d’autres ouvrages, médicaux, religieux, dont un traité d’hygiène, “Takouïm essaya”, que nous pouvons traduire par “Rétablissement de la santé”. Il se retira à la fin de sa vie dans un monastère près d’Antioche et mourut vers l’an 1066.

Le crépuscule

Les relations d’estime entre Nasr al-Dawla b. Marwan et Elie de Nisibe ne se rompirent qu’à la mort du métropolite qui survint vers l’an 1046. Nasr al-Dawla b. Marwan, en 1054, dut reconnaître la suzeraineté du Seldjukide Tugril Beg, qui dominait la plus grande partie de la Djézira, mais il conserva ses territoires. Il s’éteignit en l’an 1061.

Cette belle période de paix et d’entente entre les Kurdes et les Syriaques fut riche en réalisations dans le domaine de la vie culturelle. Elle fut intense dans celui du commerce, active dans le secteur de l’artisanat et de l’art, bref, impressionnante. Nasr al-Dawla b. Marwan laissa à Diyar Bakr des inscriptions monumentales qui témoignent encore aujourd’hui du rayonnement artistique de son règne.

Après la mort de Nasr al-Dawla, la puissance des Marwanides s’affaiblit, déclina. Son second fils Nizam lui succéda et régna jusqu’en 1079, puis le fils de ce dernier Nasir al-Dawla Mansur.

La fin de la dynastie marwanide approchait à petits pas, dans un parfum de traîtrise... Ibn Djahir, un ancien vizir, quitta le Diyar Bakr, se rendit à Bagdad. Là, il convainquit le sultan Malik Shah, petit-neveu de Tugril Beg, et le célèbre vizir Nizam al-Mulk de lui permettre d’assiéger Mayyafarkin.

Quand la ville fut prise, Ibn Djahir enleva les vastes trésors appartenant aux princes marwanides et les garda jalousement pour lui. Dès 1085, le Diyar Bakr tomba presque entièrement sous l’autorité directe des Seldjukides. Le dernier émir, Nasir al-Dawla Mansur, garda seulement la ville de Djazirat Ibn ‘Umar.

Malik Shah disparut en 1092, il y eut des troubles après sa mort et le Diyar Bakr reprit un peu d’autonomie.

Cependant les Marwanides ne disparurent pas tout à fait. Ils étaient encore mentionnés au milieu du douzième siècle, dans la chronique du patriarche syriaque occidental, Michel le Syrien, écrite en l’an 1195.

Dès 1134, raconte Michel, le Turc Zangi, gouverneur de Mossoul, envahit plusieurs fois le territoire kurde, dirigea des expéditions contre des tribus qui se soumirent à lui, s’empara de leurs citadelles. Après la prise d’Edesse, en 1144, Zangi voulut assurer sa domination sur les émirs voisins. Ces derniers, méfiants, démolirent, dans la région de Nisibe, des forteresses qui ne pouvaient se défendre contre la puissance de Zangi et les laissèrent désertes.

L’un des descendants des Marwanides, Ahmad, détenait encore la forteresse de Hataka à l’époque des croisades. Ce ne fut pas Zangi mais l’émir de Mardin, Timurtas Hosam al-Dîn (+1154), fils du puissant prince Il-Ghâzî , de la famille des émirs Ortuqides, qui désira s’en emparer et l’assiégea longtemps.

Le Kurde demanda bientôt à traiter :

“A cette époque, la place forte de Hataka, qui n’était jamais tombée aux mains des Turcs, était entre les mains d’un homme de la famille des Benê Marwan, qui avaient le titre de rois et leur résidence à Maïpherqat (Mayyafarkin). Il y eut entre ces seigneurs de la discorde, des querelles et des combats. Hosam al-Dîn, voyant que les Curdes n’avaient point d’auxiliaires, et qu’ils étaient opposés les uns aux autres, les assiégea pendant un an et quatre mois. Alors Ahmed demanda à traiter. Timurtas lui donna de l’or et des villages dans son pays, et prit la forteresse. Ensuite le Curde se repentit, et chercha du secours près du seigneur d’Amid, afin de pouvoir reprendre la forteresse; mais il ne put y réussir. ” 7


Ainsi finit la belle épopée des Marwanides, qui avaient régné sur la province du Diyar Bakr, subjugué les peuples voisins. N’avaient-ils pas brillé comme la couronne de neige d’un blanc étincelant sur la haute montagne ? Leur souvenir et celui des chroniqueurs, des savants chrétiens de la Haute-Mésopotamie, demeure aujourd’hui vivaces dans la mémoire des Kurdes et des Syriaques.


Tableau chronologique des princes marwanides

Al-Hasan ibn Marwan (990-997)

Mumahhid al-Dawla Sa’id (997-1011)

Nasr al-Dawla Ahmad (111-1061)



Les ‘Ayubides

Le grand Malik Al-Ashraf

Environ un siècle et demi plus tard, un autre personnage fut le sujet de l’admiration des Syriaques, qui ne tarissent point d’éloges sur lui, Al-Ashraf, prince d’Édesse et de la Djézira. C’était le fils d’Al-‘Adil, frère de Saladin le héros de la Troisième croisade. À la mort de Saladin, Al-Adil et ses fils Al-Kamil, Al-Mu’azzam, Al-Ashraf et Al-Awdad prirent en mains les destinées de l’empire ‘Ayubide. Après la quatrième croisade, lancée par les Francs d’Occident contre Constantinople, Al-‘Adil conclut en 1204 puis en 1211 des trêves avec les rois francs de Jérusalem Amaury II et Jean de Brienne.

Malik Al-Ashraf le victorieux

Pendant ce temps, les Turcs Seldjoukides dont la puissance se développait, débordaient de leurs montagnes sur les plaines de la Syrie du nord et du Diyarbakr. Ils attaquaient, pillaient les territoires ‘ayubides. Selon les circonstances, ils soutenaient la branche ‘ayubide d’Alep, contre leurs cousins d’Égypte et de Haute Mésopotamie.

Ainsi, au début du treizième siècle, Chosroès Shah (1194-1196, 1205-1211), le fils de Kilidj Arçlan II, le grand sultan seldjoukide de Cappadoce s’était allié à l’émir d’Alep, Malik al-Zahir. Il avait été vaincu par les troupes de Malik al-Ashraf. Voici ce que raconte un chroniqueur syriaque, l’Édessénien anonyme :

“…Malik al-Ashraf quitta Mabbug avec ses soldats et des Arabes en grand nombre et livra bataille à l’armée des Rum. Les Rum furent vaincus et les Arabes saisirent les soldats de Chosroès Shah par vingtaines et trentaines; le reste prit la fuite. Alors les Arabes et les soldats de Malik al-Ashraf pillèrent leurs chevaux et les biens des Rum, après que le pays eut tremblé devant les soldats de Chosroès Shah. Ce fut la deuxième victoire de Malik al-Ashraf. Les intentions de Malik al-Ashraf étaient très bonnes envers tous; depuis son enfance il ne fit de tort à personne.” 8


La Mansoura

Malik al-‘Adil, qui avait engagé une politique conciliante avec les Francs, fut déçu quand le pape Honorius III encouragea la cinquième croisade, qui prit la riche Égypte pour objectif.

À l’appel du pape, le duc d’Autriche Léopold et le roi André II de Hongrie s’embarquèrent le 27 mai 1218. Ils se mirent d’accord pour aller assiéger la forteresse du Mont-Thabor, bâtie par Malik al-’Adil afin de contrôler la Galilée. Ils échouèrent à la prendre. Le roi de Hongrie repartit dans son pays.

Jean de Brienne, roi de Jérusalem, proposa au duc d’Autriche et aux barons francs d’attaquer l’Égypte. Ils remontèrent le Nil jusqu’à Damiette, ville fortifiée située dans les parages du Caire. Ils l’encerclèrent comme d’un anneau, et, durant deux ans, l’assiégèrent. Ils prirent la citadelle le 25 août 1218.

Près de Damas, le grand sultan Malik al-’Adil, âgé de soixante-seize ans, apprit la nouvelle et succomba à une crise cardiaque, le 31 août 1218. Il fut enterré à Damas, dans la madrasa ‘Adiliya.

La ville de Damiette toute entière tomba entre les mains des Francs le 5 novembre 1219. Les soldats exterminèrent les habitants, et pillèrent les trésors.

Malik al-Kamil, fils d’Al-‘Adil, sultan du Caire, était un lettré, un philosophe, un homme tolérant. Il voulait mettre fin à l’invasion franque, mais désirait éviter toute bataille sanglante. Il proposa plusieurs fois au roi des Francs la restitution de l’ancien royaume de Jérusalem, contre l’évacuation du port fortifié de Damiette. Jean de Brienne et les barons syriens voulaient accepter l’offre du sultan, mais le légat du pape, le cardinal Pélage, un Espagnol orgueilleux, refusa net. En juillet 1221, le cardinal qui voulait s’emparer de l’Égypte entière, prépara une expédition. Il décida de quitter Damiette, d’aller prendre le Caire et il se mit en route.

Alors, le sultan d’Égypte Malik al-Kamil et ses frères, le loyal Malik al-Ashraf, seigneur de Mésopotamie (Djezira et Edesse), et Malik al-Mu’azzam, seigneur de Jérusalem et de Damas, rassemblèrent leurs soldats. Ils allèrent camper à Mansoura, au sud de Damiette. La guerre fut engagée. Au début août, les Égyptiens, observèrent que la crue du Nil était proche. Ils savaient que les Francs, qu’ils avaient entraînés loin de Damiette, seraient bientôt dans l’obligation d’arrêter leur marche sur ces terres boueuses. Ils coupèrent la retraite des chevaliers vers Damiette. Le 26 août 1221, ils ouvrirent les digues et inondèrent les terres basses. L’Édessénien anonyme écrit :

“Les deux partis s’affrontèrent. Et selon leur mauvaise habitude, les soldats francs se hâtèrent et se jetèrent sur les Musulmans. Lorsque les soldats musulmans virent la mauvaise tactique des Francs, ils les entraînèrent loin de Damiette. Une fois les Francs éloignés, les soldats des Musulmans se hâtèrent d’occuper le camp des Francs et la route pour qu’ils ne puissent pas rentrer à Damiette. Et les Musulmans se mirent à anéantir les Francs. L’épée travailla ainsi jusqu’à la neuvième heure; Musulmans et Francs furent fatigués par la bataille de toute la journée. Mais les Francs désespérèrent de leur vie, car les Musulmans avaient occupé la route de Damiette et le camp des Francs; ils ne savaient plus que faire. Ils levèrent les yeux et aperçurent un lieu élevé. Alors, ils tournèrent le dos et coururent vers cet endroit élevé. Les Musulmans en éprouvèrent une grande joie. Ils travaillèrent toute la nuit et amenèrent le grand Nil et le mirent autour de l’endroit où étaient les Francs qui restèrent là mourant de faim, eux et leurs chevaux, pendant trois jours.”


Enlisés, affamés, les Francs se replièrent en désordre. Ils s’empressèrent de traiter avec les Musulmans. Ils leur rendirent Damiette.

Le chroniqueur conclut :

« Ce fut la troisième victoire de Malik al-Ashraf de bonne mémoire, à cause de sa bonne volonté et de ses bonnes intentions envers tous. »9

Après l’échec de l’expédition d’Égypte, le 30 août 1221, Jean de Brienne et les Francs conclurent avec Al-Kamil une trêve de huit ans.


Al-Ashraf, le doux émir d’Édesse et de la Djézira

En 1223, la sécheresse sévit en Orient, depuis Babylone jusqu’à la frontière d’Alep. Les sauterelles dévastèrent les récoltes. Le prix du blé, de l’orge, des lentilles monta. Désespérés, affamés, les habitants de la Djézira et d’Édesse prièrent pour que Dieu envoyât la pluie. Les gouverneurs d’Édesse, de Harran, de Sarug, de Resh’Ayna, selon la loi imposée par le gouverneur de Mardin, prirent les grains de blé et d’orge des agriculteurs pour le donner aux paysans pauvres. Mais ceux-ci en semèrent peu et mangèrent le reste. Pendant des années, il n’y eut pas de récolte. Les gouverneurs se comportèrent mal, laissant commettre beaucoup d’injustices. L’Édessénien anonyme prend la défense de Malik al-Ashraf :

« La langue ne peut décrire les souffrances et les tortures, les pots- de-vin qu’on donnait aux préposés. Le doux et miséricordieux sultan Malik al-Ashraf n’était point au courant de ce que supportaient les gens d’Édesse, de Harran, de Sarug, et de Resh’Ayna, mais il commandait que la semence soit donnée avec mesure aux paysans. » 10

Malik al-Ashraf défait Galal al-Din, le grand sultan, roi des Persans

Galal al-Din, de la dynastie des Kharezm-Shahs (1077-1231) qui gouvernait en Asie centrale et en Iran, fut battu par les Mongols en 1219 et en 1221. Il s’avança en Asie Mineure. Les princes ‘Ayubides se portèrent au secours du sultan seldjoukide, Kay Qubad Ier de Cappadoce (1220-1237), qui était inquiet des progrès du Khwarezm-Shah de Perse.

Malik al-Ashraf, prince de Djézira, commanda les troupes du nord et monta auprès du sultan de Rum, pour combattre l’ennemi persan commun.Le 10 août 1230, Galal al-Din fut défait par Malik al-Ashraf. Laissons le chroniqueur syriaque relater cette victoire :

“Malik al-Ashraf monta avec les soldats et parvint auprès du sultan de Rum. Et l’armée de Rum se prépara au pays d’Arzinğan. Quant aux troupes de Malik al-Ashraf, elles partirent et montèrent dans la région de la ville de Sébaste. (Les deux armées) parvinrent l’une en face de l’autre et les deux lignes de bataille se firent face. Les deux parties s’encouragèrent pour la grande bataille; des peuples innombrables étaient rangés et se tenaient armés en face les uns des autres, assoiffés du sang les uns des autres. Les Persans se mirent à combattre l’armée de Rum dans la région d’ Arzinğan où étaient campés les Rum. Lorsque les soldats de Malik al-Ashraf virent que les Rum étaient attaqués, ils s’encouragèrent, s’irritèrent et furent enflammés de feu. Ils firent fi de leur vie temporelle et s’approchèrent des Persans. Lorsque les Persans virent les soldats puissants de Malik al-Ashraf, la terreur les envahit; et les Musulmans de même s’effrayèrent des Persans. En ce temps, le Seigneur s’irrita contre les Persans et octroya la victoire aux Musulmans. Et le Seigneur fit venir contre les Persans un vent de tempête insupportable, plein d’obscurité à cause de la poussière soulevée par les soldats des Musulmans. Une nuée sombre fut sur les Persans qui tournèrent le dos pour fuir devant les soldats de Malik al-Ashraf, sans que ni les lances ni les flèches des Musulmans les aient atteints, sinon, peut-être, le bruit des trompettes et des tambours et le hennissement des chevaux. Les Persans s’enfuirent et furent défaits devant les Arabes.”


Galal al-Din s’enfuit au voisinage de son pays. Ses ennemis, les Tatars, l’une des tribus mongoles, qui étaient proches de la frontière des Persans, le pourchassèrent jusqu’aux villes d’Ahlat et d’Amid. Il quitta cette cité. Le chroniqueur ajoute :

“On raconte cependant qu’il fut tué près de Mayyafarkin, [Maïphercat]. Certains disent qu’il parvint à Babel. Le Seigneur seul sait ce qui arriva.”11

En vérité, Galal al-Din, réfugié à Diyarbakr, fut assassiné par un paysan kurde le 15 août 1231. Malik al-Ashraf régna encore quelques années. Après une vie riche et glorieuse, il mourut en 1237. Un autre chroniqueur syriaque, Bar Hébraeus, fit son éloge funèbre : Il était loyal, doux, généreux, miséricordieux, plein de bonne volonté et de bienveillantes intentions envers tous, il aimait beaucoup la chasse et tous les plaisirs de table :

« Au commencement de l’année 635 des Arabes (1237), Malik al-Ashraf ‘Isa, le fils d’Al-‘Adil, le fils de ‘Ayub, mourut à Damas âgé d’environ 60 ans. Il n’y avait pas de limite à la générosité de cet homme, il était un grand amateur des mets délicats et des repas luxueux. »12

D’après ce volet historique, l’on remarque que les princes de deux dynasties, les Marwanides et les ‘Ayubides de la Djézira, entretinrent des rapports forts, amicaux et chaleureux avec les chrétiens syriaques et les chroniqueurs ne manquèrent pas de louer cette période et l’action de ces princes éclairés.

J’ai le sentiment que l’histoire se répète dans cette région du Kurdistan et que la compréhension, la coopération, l’entente brillent encore aujourd’hui entre les Kurdes et le peuple assyrien-chaldéen-syriaque, ami et allié, qui vit dans cette région depuis des siècles . Tous ont un destin commun.


Références des chroniques syriaques

Chronographie d’Élie de Nisibe, E.W. BROOKS et J.B.CHABOT, CSCO, 62, syr, 21-22. (1909-1910)

Chronique de Michel le Syrien, J.-B. CHABOT, Paris, 1899-1910., réédition, Bruxelles, 1963.

Chronique de l’Édessénien anonyme, traduit par Albert ABOUNA, CSCO, 354, syr, 154, Louvain, 1974.

Chronicon syriacum, de Bar Hébraeus, Paulus BEDJAN, éd. Maisonneuve, Paris, 1890.

1 La « Chronographie d’Elie bar-Sinaya, Métropolitain de Nisibe », édition et traduction L.-J. Delaporte, Paris, 1910, P. 138.

2 Idem, p. 138.

3 Idem, p. 141

4 Idem, p. 141.

5 Bar Hébraeus, « Chronique universelle », Mokhtassar al-Doual, Beyrouth, P. 180.

6 Usaybia, « Uyun Al Anba Fi Tabaqat Al Atibba”, recueil de 380 biographies, publié en Egypte en 1921, réédité à Beyrouth, p.341, traduction Ephrem-Isa YOUSIF.

7 Chronique de Michel le Syrien, Tome III, p. 264.

8 L’Édessénien anonyme, II, p. 162.

9 L’Édessénien anonyme, II, 171-172.

10 L’Édessénien anonyme, p. 170.

11 L’Édessénien anonyme, pp. 176-177.

12 B.H., Chronicon syriacum p. 472.

Les Syriaques racontent les Croisades


L’actualité des Croisades

Les croisades sont d’une grande actualité. De nombreuses études, des ouvrages savants, des romans, des articles, évoquent le premier pèlerinage armé qui s’ébranla, il y a neuf siècles, et les expéditions outre-mer qui suivirent. Des films ravivent les mémoires. La figure ardente et pieuse de Godefroy de Bouillon brille encore ; celle de Saladin, le conquérant kurde, l’unificateur d’une grande partie du Proche-Orient, le champion emblématique d’un Islam puissant, fascine et attire. Son tombeau à Damas est très visité.

En France, comme dans d’autres pays européens, les manuels scolaires, s’appuyant sur les récits des chroniqueurs occidentaux, présentèrent les croisades comme des guerres justes. Ils en firent une geste, exaltant la magie des héros qui s’identifiaient à une noble cause, la délivrance de Jérusalem, magnifiant leur générosité, leur dynamisme, leurs victoires. Il fallut attendre le siècle des Lumières, pour que des écrivains, tel Voltaire, dénonçassent la brutalité, la violence, l’intolérance de ce cycle épique regorgeant de tués.

Les auteurs musulmans du Moyen-âge virent dans la croisade deux forces qui cherchaient à s’imposer, à occuper le territoire, plutôt que deux civilisations prêtes à s’entrechoquer. Dès le XIVeme siècle, le monde musulman, arabe ou turc, oublia presque les luttes des Francs, établis sur une bande côtière du littoral méditerranéen, contre les sultans, les émirs. Il négligea les traces de ces événements épisodiques. Au XIXeme siècle et au XXeme siècle, il commença à se réveiller politiquement et religieusement, lors des mandats confiés à l’Angleterre et à la France pour administrer certains États ou territoires, et de la décolonisation. Depuis, il est revenu sur cette page d’histoire, l’a actualisée.

Ces deux visions des événements, soit pour encenser les croisés, soit pour les accabler, dénoncer leurs fureurs épicées, leur démesure, manquent de nuances. Je veux montrer un autre point de vue, celui des chroniqueurs syriaques qui me paraît plus objectif, plus impartial. Michel le Grand (1126-1199), l’Édessénien anonyme (il écrit avant 1237) et Bar Hébraeus (1226-1286) vécurent à cette époque-là et relatèrent l’aventure des croisades, qui toucha les chrétiens syriaques. Leurs textes, peu connus du grand public et souvent inédits, apportent au lecteur moderne un autre éclairage.

Les trois chroniqueurs syriaques

Michel le Grand naquit à Malatiya, l’ancienne Mélitène, importante ville de la Petite Arménie, dans la région de Cappadoce. Il devint patriarche en 1166, et gouverna l’Église syriaque occidentale pendant 33 ans. Il vécut à l’époque des premières croisades. En 1177, il rencontra le roi de Jérusalem Baudouin IV à Acre, après sa grande victoire sur l’émir Saladin à Montgisard. Il écrivit une riche chronique qui fait aujourd’hui toute sa gloire.

L’ Édessénien anonyme, peut-être un religieux, vécut probablement à Édesse. Il fut le contemporain des événements qui se déroulèrent de 1184 à 1237. Il se trouvait à Jérusalem lorsque Saladin l’assiégea et la prit en 1187. Il donna sa version du siège dans son originale et vivante Chronique.

Gregorios Abu’l-Faradg Gamal al-Din, dit Bar Hébraeus, vit le jour près de Mélitène. Il fut élevé en 1264 à la dignité de Maphrien, grand métropolite, primat pour les pays de l’Orient. Il écrivit en syriaque une Chronographie, et relata les derniers événements des croisades, jusqu’à la chute de Saint Jean d’Acre qui tomba aux mains des Mamelouks en 1291 et signa la fin de la présence franque au Proche-Orient.

Qui sont les Syriaques ?

Les Syriaques, (en arabe : suryan), formaient un peuple, une nation, avec son histoire, sa religion chrétienne, sa culture, sa langue, l’araméen syriaque. Ils ne réussirent pas à créer un royaume terrestre, un État avec une administration, une armée, comme les Arméniens ou les Grecs.

Au Ve siècle, ils se divisèrent en deux branches. Les Syriaques orientaux dits « nestoriens » s’étaient établis surtout en Mésopotamie et en Iran. Les Syriaques occidentaux comprenaient les « jacobites » qui résidaient en Syrie, en Haute Mésopotamie, et les maronites du Liban.

Les Syriaques vécurent en Orient, au sein des grands empires, sur des terres battues par les vents. Au fil des siècles, ils virent arriver de multiples invasions, ils subirent, vague après vague, les assauts des cavaliers grecs, romains, perses, arabes, turcs seldjoukides, et plus tard, les offensives des Mongols. Ils connaissaient peu les Francs venus des contrées lointaines d’Europe occidentale quand, à la fin du XIeme siècle, ils débarquèrent en Syrie et en Palestine, résolus à se battre contre les Musulmans, pour la délivrance du tombeau du Christ à Jérusalem. Les Francs fondèrent en Terre sainte des royaumes, des principautés, des comtés, construisirent un réseau de forteresses qui assuraient la sécurité des pays.



L’état des lieux au Proche-Orient du XIe siècle au XIIIe siècle

Les jeux, au Proche-Orient, n’étaient pas aussi tranchés qu’on le raconte. Au XIeme siècle, il était autant peuplé de chrétiens, Coptes, Arméniens, Grecs, Syriaques, que de musulmans. Ceux-ci comprenaient des Arabes, des Turcs, des Kurdes. L’empereur de Constantinople n’hésitait pas à engager dans son armée des contingents musulmans et l’émir de Shayzar, des chrétiens arméniens. Leur foi opposait plutôt les chrétiens de multiples confessions entre eux.

De même, les princes musulmans de l’Orient se faisaient la guerre pour prendre telle ou telle ville et y installer leur dynastie.

À Bagdad, les califes Al-Moustazhir et ses successeurs, sans grande force militaire, n’attachèrent pas une si grande importance à la Croisade qui les concernait peu. Jérusalem était loin.

Les Francs, au XIIIeme siècle, n’occupaient en Syrie-Palestine qu’une bande côtière. Ils n’avaient pu prendre Le Caire, Damas, Alep, Mossoul, Bagdad et bien d’autres villes et contrées du monde musulman.

Quant aux Francs, il leur arrivait de jouer un subtil jeu politique. Ils n’hésitaient pas à choisir, lors de certaines circonstances, l’alliance des émirs musulmans. En 1115, ils conclurent un pacte d’alliance défensive avec les émirs d’Alep, de Damas et de Mardin contre le commandant Boursuq de Mossoul, envoyé par le grand sultan turc seldjoukide du Khorasan. Le vizir d’Égypte, Chawer, demanda l’aide du roi de Jérusalem, Amaury.

Les Syriaques, qui vivaient entre deux camps, relatèrent les tentatives des Musulmans pour combattre les Francs après leurs premiers succès. Ils consignèrent les défaites mais aussi les victoires des Turcs Seldjoukides, Ortuqides, Zengides, et des Kurdes ‘Ayubides.



Les croisades, ni guerres de religions, ni conflits de civilisations

Les auteurs syriaques insérèrent les fils brillants et colorés de la Croisade, œuvre politique et aventure spirituelle, dans la trame de leur propre histoire.

Ils ne parlèrent pas, à propos des Croisades, d’invasion barbare, d’agression, de viol de territoire, selon les expressions de certains auteurs modernes. Ils racontèrent les « voyages Outre-mer », « l’exode » des Francs, à Jérusalem et au Proche-Orient, qui partaient délivrer le tombeau du Christ, tombé aux mains des Musulmans, et venaient en aide aux chrétiens orientaux. Ils n’utilisèrent pas les mots « croisades », « croisés ». Ils ne numérotèrent pas ces expéditions.

Les chroniqueurs syriaques ne virent pas la Croisade sous l’angle d’une fracture entre l’Orient et l’Occident, au sens habituel de ces termes. Selon le texte du grand patriarche d’Antioche, Denys de Tell-Mahré (818-845), repris par notre chroniqueur Michel le Grand, l’Orient désignait pour eux les régions situées à l’est de l’Euphrate ; l’Occident celles qui s’étendaient à l’ouest du fleuve, jusqu’aux confins de la Palestine.

Après la chute d’Édesse en 1244 et la fin du premier comté franc, en 1146, les communautés chrétiennes, jacobites et nestoriennes, du Proche-Orient vécurent en grande majorité à l’extérieur des États latins. Elles subirent le contrecoup des Croisades qui ne faisaient pas partie de leurs traditions. Elles se tinrent, le plus souvent, hors de l’influence des Francs. Ces communautés gardèrent leurs appartenances ethniques et confessionnelles ; elles s’intéressèrent peu aux motivations idéologiques des croisés, à leurs régimes politiques, à leur société féodale, à leur vie économique et culturelle ; elles restèrent méfiantes envers les coutumes venues d’Occident.


Le bilan mitigé des Croisades

Les Croisades apportèrent des malheurs, une incompréhension entre les peuples. Elles ne furent cependant pas le grand affrontement entre les envahisseurs francs obéissant à des motivations politiques, religieuses, économiques, et les musulmans. La véritable frontière n’était pas entre les chrétiens et les musulmans, dépourvus de haine confessionnelle, elle passait entre les vainqueurs et les vaincus, les maîtres du pouvoir et les autochtones, les oppresseurs et les opprimés.

Les Francs découvrirent en Orient des richesses inconnues, comme la canne à sucre, l’aubergine, l’épinard, l’échalote, l’abricot, la bigarade, la pastèque, les dattes. Ils importèrent en Occident les roses, les mousselines, les tissus damasquinés.

L’on évoque un possible choc des civilisations. Si l’on renonce à la tolérance, le risque d’un tel choc pourrait exister. L’Europe est cependant l’héritière, comme le monde arabo-musulman, des civilisations méditerranéennes ouvertes aux échanges et au progrès. Les cultures sont différentes, mais elles doivent se compléter, s’enrichir.

Les habitants de la planète, enfants du soleil et du ciel étoilé, interdépendants, ont mieux à faire qu’à s’affronter. S’ils veulent bien écouter la Science et la Sagesse, ils doivent renouer le dialogue, fixer les yeux vers un horizon commun, développer un humanisme universel. De nombreux maux menacent aujourd’hui la terre, la pauvreté, la maladie, l’ignorance, la destruction de l’environnement. Ces graves problèmes transcendent largement les barrières de race, de culture, de religion.

Les Éditions l’Harmattan, 352 pages, 2006

jeudi 20 octobre 2005

La Démocratisation du Moyen-Orient




De la Cité-État à la démocratie


Les premières Cités-États en Basse Mésopotamie

À la fin du quatrième millénaire avant notre ère, en Basse Mésopotamie, le pays de Sumer, les habitants passèrent du gros village à la ville. Celle-ci s’organisa peu à peu, sur un territoire donné, en une puissante et vénérable cité-état. Elle était incarnée par un souverain et dirigée non plus seulement par une famille ou un clan, comme dans la société agricole, mais par une élite religieuse, politique et militaire.

Les autorités centrales percevaient des taxes et des tributs pour construire et entretenir les prestigieux bâtiments publics. De ce fait, artisanat et commerce se développèrent, ainsi que les premiers éléments des sciences et des arts. De nombreuses cités-états se développèrent, Eridu, Ur, Larsa, Lagash, Nippur, Kish, Sippar. Chacune avait son dieu tutélaire, mais acceptait dans ses temples tous les autres dieux. L’intolérance religieuse et le racisme n’étaient pas de règle en ces temps antiques.

A la fin du quatrième millénaire avant J.-C., la ville d’Uruk (environ 100 ha), prit un grand essor, à une époque où de nombreux peuples vivaient encore dans des grottes et des huttes. Elle devint alors la plus importante de Mésopotamie. Grand centre religieux mais aussi commercial, elle développa ses relations avec les pays voisins et étendit son l’influence jusqu’à la Méditerranée et au plateau iranien.

Vers 3300 avant J.-C ;et sur des tablettes d’argile provenant d’Uruk, ville riche et prospère, que l’on trouva les premières traces d’écriture cunéiforme,. Les tablettes parlaient de transactions commerciales. Uruk, Terre où souffle l’esprit .

Avec l’invention de l’écriture, une nouvelle ère commença. Au seuil de l’histoire, premiers récits, première épopée, celle du roi d’Uruk, Gilgamesh. L’écriture était un lien, un flambeau qui éclairait et illuminait le monde.


Les premiers codes, dans les grands empires

Des codes de lois furent rédigés en sumérien pour gérer la société sumérienne, comme ceux d‘Ur-Nammu, roi de la Troisième dynastie d’Ur (2112-2094 av. J.-C.) et de Lipit-Ishtar, le roi d’Isin (vers 1930 av. J.-C.).

Le code d’Ur-Nammu, roi d’un empire riche et puissant, contenait 37 articles. Il rétablissait l’ordre et la prospérité dans le Pays, en bannissait la malédiction, la violence et les conflits. Il protégeait le pauvre, la veuve et l’orphelin contre l’avidité des puissants, punissait d’une amende sévère les crimes et les délits. Il préfigurait le code de Hammourabi.

Vers 1792 avant J.-C., Hammourabi, roi de Babylone, hérita d’un modeste royaume. Il conquit les cités, Uruk, Isin, et vingt-quatre villes, il unifia le Pays sous son sceptre ; il développa Babylone qui devint un centre politique, religieux, culturel important. Il bâtit un empire qui prit un aspect plus juridique.

Hammourabi promulgua un code de grande ampleur, écrit en akkadien sur une stèle de basalte et introduisit de profondes réformes.

Une copie de cette stèle, qui mesure 2,25 mètres se trouve aujourd’hui au musée du Louvre à Paris.

Le roi déclare dans son prologue que les dieux l’ont désigné « pour proclamer le droit dans le Pays, pour éliminer le mauvais et le pervers, pour que le fort n’opprime pas le faible, pour paraître sur les populations comme le Soleil et illuminer le Pays. »

Le code, fondé sur la justice, brosse un tableau de la société ; il contient 282 lois concernant la vie sociale et individuelle : transactions commerciales, travail, propriété, agriculture, salaires, famille, châtiments.

Hammurabi établit la légalité dans la cité ; il ne méprise pas la voix des êtres faibles, il protége les opprimés, les pauvres, les femmes, les veuves, les orphelins contre la misère, les sévices, l’abandon. Il manifeste un souci d’équité individuelle.

Comme le dit le code, l’opprimé est invité à lire ou à se faire lire la stèle « pour qu’il voie son cas et que son cœur se dilate. » Les futurs souverains sont priés d’observer ces lois.

Hammurabi conclut dans l’épilogue :

« J’ai serré sur mon sein les gens du pays de Sumer et d’Accad. Grâce à ma Protectrice, ils ont prospéré ; je n’ai cessé de les gouverner dans la paix. Grâce à ma sagesse, je les ai abrités. » (Épilogue)


Je m’interroge : y a-t-il aujourd’hui beaucoup de chefs d’État en Orient qui peuvent tenir ces propos à leurs peuples ?

La démocratie à Athènes

Ce code inspira l’Orient ancien, la Grèce, Rome, l’Occident.

Certes, Hammourabi, grâce à son code, avait amélioré la gestion politique et civile de la société. Cependant le pouvoir restait aux mains d’un monarque. En Grèce, une nouvelle étape fut franchie. La démocratie, gouvernement du peuple, naquit au cinquième siècle avant notre ère, au milieu de crises et de luttes.

Clisthène (508-462 av. J.-C .) en posa les bases en 508. Il renversa les aristocrates, fit des réformes politiques, divisa en dèmes le territoire de l’Attique, y compris Athènes. Les décisions politiques, l’élaboration des lois furent prises désormais au vote majoritaire des citoyens mâles, tous égaux.

Le stratège Périclès (v. 495-429 av. J.-C.) avait une haute conception de la démocratie ; après 461, il fut l’auteur de grandes réformes. Le peuple était souverain, mais ne représentait qu’une classe sociale. Hélas, les femmes, les métèques, étrangers domiciliés en Grèce, les esclaves, jouissaient des droits civiques, mais non politiques et ne votaient pas.

Après la mort de Périclès, Aristote et Platon assistèrent au déclin démocratique. Pour ces penseurs, la cité juste était la République, que gouvernait le philosophe éclairé par son savoir. Mais les volontés de puissance et de jouissance brisaient la communauté. L’individualisme, le chacun pour soi dominaient et déformaient l’idéal de la démocratie qui tournait en médiocratie. Ces facteurs aboutissaient au déclin des institutions et des mœurs.

La Révolution française

Si l’on franchit les siècles, l’on arrive à la Renaissance, qui voulut promouvoir politiquement le peuple.

La Révolution française amena une nouvelle étape dans la formation de l’idée démocratique. La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, adoptée en 1789, s’inspira des doctrines des philosophes du XVIIIeme siècle, Montesquieu (1689-1755), Diderot (1713-1784), Voltaire (1694-1778), Rousseau (1712-1778 et affirme des principes à portée universelle.

Cette déclaration comportait un préambule de dix-sept articles qui énonçaient les « droits naturels et imprescriptibles de l’homme » : liberté d’opinion, d’expression, propriété, égalité devant la loi. Elle énonçait aussi les droits de la nation : souveraineté nationale, séparation des pouvoirs, législatif, exécutif judiciaire. Citons quelques articles majeurs.


Article I

Les hommes naissent libres et égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article II

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Article XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi.

Cette Déclaration brossait l’idéal d’une société démocratique.

Entre les principes de 1789 et leur application, la pratique fut parfois défaillante.

Aujourd’hui

Les vieux Mésopotamiens avaient organisé la vie de la cité et de l’empire, pour que les habitants vivent mieux et connaissent la prospérité et la paix.

Aujourd’hui, les Irakiens souhaitent vivre sous un régime démocratique et fédéral. Droit de vote et le choix des citoyens doivent être respectés.

Les citoyens, dans un régime démocratique, ont des droits mais aussi des devoirs : respect de l’État, de sa Constitution et de ses institutions. Règlement des conflits par le dialogue et non par la guerre. Tout n’est pas permis et l’intérêt général doit l’emporter sur les intérêts particuliers. La démocratie est une philosophie, un mode de vie et de pensée, une forme de gouvernement. Elle implique une éducation civique, un respect des lois.

La démocratie ressemble à une fleur fragile, vite fanée si l’on n’y prend garde. Elle doit respecter tous les peuples : Arabes, Kurdes, Turkmènes et le peuple connu sous le nom de Chaldéens,Assyriens, Suryans. Aucun de ces peuples ne doit s’estimer supérieur aux autres. Leur diversité culturelle et linguistique doit être considérée comme une richesse nationale. De même, les diverses religions implantées sur le sol mésopotamien depuis des siècles ou des millénaires, doivent être respectées, protégées, les fidèles exerçant librement leur foi.

Les Irakiens placent dans un État démocratique et fédéral leur espérance de paix, de sécurité et de vie meilleure. Ceci est mon grand souhait pour tous les fils du Pays du Tigre et de l’Euphrate.

Erbil-19-20 octobre 2005

mercredi 13 avril 2005

Les ruses de la chanteuse d'Édesse

Les Syriaques écrivirent de nombreuses chroniques, qui nous rapportent des événements lointains et précieux.

L’auteur

L’auteur, anonyme, était peut-être un religieux, syriaque occidental, qui vécut à l’époque des premières croisades. Il donne beaucoup de détails sur la ville d’Edesse, avec l’accent d’un témoin oculaire. Il est le contemporain des événements qui se déroulèrent de 1187 à 1237. Il se trouvait à Jérusalem en 1187, lors du siège de la ville par l’émir Salah al-Din.

La chronique

La Chronique de l’Edessénien anonyme fut composée après l’an 1237. Elle comprend deux sections.

La Chronique civile va jusqu’aux événements de 1234, mais devait à l’origine aller jusqu’à l’année 1237.

La Chronique ecclésiastique raconte l’histoire des patriarches jacobites. Très abîmée, elle se termine en 1204 et complète la Chronique de Michel le Syriaque. L’auteur affirme qu’il rédigea d’autres livres. Qui était-il ?

Nous avons choisi, dans la Chronique civile, une anecdote intéressante qui montre le sang-froid et l’héroïsme d’une femme d’Edesse au onzième siècle.

L’Edessénien anonyme se reporte à l’arrivée des Turcs seldjoukides. Dès 1055, événement capital, ils occupèrent Bagdad, dominèrent peu à peu la Mésopotamie, soumirent les princes arabes. Sous le règne du grand sultan Malik Shah (Abu‘-Fatah dans la chronique), ils progressèrent en Syrie, en Djézira, en Anatolie.

Lorsque mourut Malik Shah (1072 -1092 A.D.), dans la région perse du Khorasan, il laissa des enfants en bas âge.

Ses sujets, les gouverneurs de Syrie, gardèrent leurs villes et n’obéirent plus à personne. Ils en profitèrent pour se disputer les cités les uns aux autres.

Le général turc Buzan, détenait le pouvoir à Edesse, dont il s’était emparé en 1087. Il y avait nommé un chef grec, Thoros, fils de Hétoum. Buzan alla à Damas, fit la guerre au gouverneur Tutus. Il fut vaincu et fait prisonnier. Tutus dépêcha alors des soldats à Edesse pour prendre la ville, mais les habitants refusèrent de la lui livrer. Tutus, en colère contre Edesse, trancha la tête à Buzan et l’envoya avec le général Al-Firg, qui entra dans la citadelle et occupa la ville.

" Tutus avait donné ordre à Al-Firg de livrer Edesse au pillage de ses soldats, parce qu’on ne l’avait pas rendue dès le début. Quand Al--Firg était dans la citadelle de la ville, tous les jours ses officiers insistaient auprès de lui pour piller la ville, et lui les retenait de jour en jour. Un jour, il offrit un banquet dans la citadelle aux chefs de son armée. Il fit chercher tous les chanteurs de la ville et une chanteuse appelée Qira Gali, une chrétienne. Lorsque son coeur ( Al--Firg) fut égayé par le vin, les chefs de son armée s’approchèrent de lui et lui demandèrent d’accomplir sa promesse de piller la ville. Il leur fit serment que le lendemain il donnerait l’ordre de piller la ville. Il parlait en langue persane, mais la chanteuse comprit la conversation. Aussitôt elle imagina une ruse astucieuse : elle se mit à geindre d’un mal d’estomac. Ils lui demandèrent ce qu’elle désirait qu’on lui apportât. Mais elle leur dit qu’elle avait l’habitude de ce mal et que lorsqu’il la prenait rien ne la soulageait que le bain. Alors ils lui permirent d’aller au bain. Descendant de la citadelle, elle alla tout de suite chez Théodore fils de Hétom et l’informa de cette affaire. Alors il lui dit : "ô femme, le sang de toute la ville est entre tes mains. Vois comment tu sauveras la ville." Il lui donna sa propre bague; quand celle-ci touchait n’importe quelle nourriture ou boisson, elle tuait instantanément. Elle prit donc la bague et remonta à la citadelle, comme si son mal s’était calmé. Les invités s’en réjouirent. Dans cette allégresse, elle se leva pour danser, prit une coupe de vin et dansa d’une façon lascive. Elle trempa la bague dans la coupe après la danse, s’avança et la présenta à Al-Firg. L’ayant bu, il se mit à se plaindre de son estomac. Elle lui dit : "Seigneur, hâtez-vous d’aller au bain; car moi c’est au bain que j’ai été délivrée de mon mal." Il descendit au bain; elle lui ôta ses vêtements et entra avec lui. Une fois entré dans la demeure intérieure, il rendit aussitôt l’âme. Elle sortit, disant aux énuques et serviteurs qui se tenaient à la porte : "Le roi dort, gardez-vous de le déranger." (II, P. 38-39)


Les soldats turcs coururent aux bains, trouvèrent leur commandant mort et prièrent les habitants de les laisser sortir sains et saufs de la ville. Ceux qui restaient dans la citadelle envoyèrent informer Tutus de Damas de ce qui était arrivé. Tutus, qui se préparait à venir à Edesse avec ses troupes, tomba malade et mourut. Théodore, fils de Hétom, acheta alors la citadelle au chef des Turcs qui s’en alla.

Ainsi la cité d’Edesse fut sauvée par une femme courageuse, habile, comme une héroïne de la Bible. Judith, pour sauver la ville de Béthulie, séduisit le général de Nabuchodonosor, roi des Chaldéens, Holopherne et lui coupa la tête quand il fut ivre.(Le livre de Judith)

Edesse retourna aux Romains jusqu’à l’arrivée des croisés Francs. En 1097, après la disparition de Thoros, fils de Hétom, assassiné par ses sujets, les Francs en firent la capitale d’un comté.

Publication

Le manuscrit unique syriaque fut trouvé à Constantinople en 1899 par le patriarche syrien catholique Ignace Ephrem II Rahmani. Il datait peut-être de la fin du XIV e siècle.

-Publié par I. Rahmani

1904, le premier fascicule du texte.

1911, le deuxième fascicule.

-Publié par J.-B.Chabot, 1916, CSCO 81/Syr.36 et 82/Syr.37

Traduction

Traduction anglaise partielle, " The first and Second Crusades from an anonymous Syriac Chronicle" par A. S. Tritton, JRAS, 1933

La chronique de 1234, II, fut traduite en français par Albert Abouna, Louvain, CSCO, VOL.354, Tomus 154, 1974

Traduction arabe par A. Abouna, Bagdad, 1986.

Les Syriaques et leur roi


En rouge le Patriarcat de Bagdad, en vert les Métropoles.
(d'après Le Coz, Histoire de l'Eglise d'Orient)

Les Syriaques se plaignent parfois de n’avoir pas eu de rois à l’ère chrétienne. Ils en eurent un sous le règne des Mongols.


Le roi Mas’ud

Le roi Mas’ud vécut à l’époque des Mongols, tribus d’Asie Centrale, qui s’unirent sous la direction d’un chef exceptionnel Temûjin (Gengis Khan) en 1206 et se lancèrent dans une politique de conquêtes. A l’est, ils s’emparèrent de la Chine des Song et du Tibet. A l’ouest, ils prirent et saccagèrent Bagdad en 1258, mettant fin à la dynastie des califes arabes Abbassides. Ils fondèrent un immense empire qui s’étendait de la mer de Chine à l’Euphrate et à la Volga.

Les chrétiens de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie et d’Asie Mineure avaient attendu l’arrivée des Mongols, espérant une amélioration de leur condition.

Ils vécurent un grand changement : Ils n’étaient plus des “Dhimmi,” sujets de l’Islam, citoyens de second rang. Comme les fidèles des autres religions, ils se retrouvaient égaux en droit devant l’autorité du Roi des Rois, dans un Khanat où régnait la tolérance et où les communications se développaient, avec la Chine, avec l’Europe.

Les chrétiens de langue syriaque, nestoriens et jacobites, vécurent sous les premiers Il-khans de Perse une période paisible et florissante, élevant à nouveau leurs églises, leurs couvents, étendant leurs missions, accroissant leur production littéraire.


La chronographie

Pour raconter l’histoire du roi Mas’ud, nous nous inspirerons de “ The Chronography of Gregory Abu’l-Faradg. » , un médecin, un maphrien (primat pour les pays de l’Orient), un grand écrivain syriaque occidental, qui vécut à la cour des Mongols. Il fut connu des Européens sous le nom de Bar Hébraeus (1226-1286).

La chronographie, écrite en syriaque, va de la création du monde à l’invasion des Mongols. Elle se divise en deux parties, Chronicon syriacum, consacrée à l’histoire politique et civile des pays de l’Orient, et Chronicum ecclesiasticum qui traite de l’histoire des Patriarches de l’Église.


Les origines de Mas’ud

En 1276, sous le règne de l’Il-Khan de Perse ’Abaqa ( 1265-1282), arrière petit-fils de Gengis Khan, sortit du rang le célèbre gouverneur chrétien pour les Mongols, Mas’ud de Bar Qawta. C’était le fils d’un riche marchand qui décida un jour d’aller avec une caravane, visiter et saluer le Grand Khan Koubilai à Pékin

“En ce temps-là, le grand marchand chrétien A’lam al-Din Ya’qub partit dans l’intention de se mettre au service de Koubilai, le Grand Khan. Il était originaire de Bar Qawta, village du pays d’Erbil ” 1

A’lam al-Din Ya’qub était accompagné par tous ses fils et par l’émir ‘Ashmut, un grand homme respecté auprès de la tribu des Ouïgurs, qui menait une vie ascétique.

Au cours de son voyage, la mort frappa le marchand sur le territoire du Khorasan. L’émir ‘Ashmut décida alors d’écourter le voyage et d’aller rendre hommage à l’Il-Khan Abaqa

‘Ashmut prit les enfants [du commerçant] et les conduisit à Abaqa pour le servir. Celui-ci les accueillit avec bonté. Il nomma Mas’ud, le fils aîné, gouverneur civil de Mossoul et d’Erbil et l’émir ‘Ashmut fut nommé son administrateur.” (Chronography, P. 535 )


Le gouvernement de Mas’ud

Mas’ud gouverna, nous savons qu’il eut affaire aux Kurdes voisins des montagnes, qui depuis 1260, attaquaient parfois les villages chrétiens de la région. Le 7 juin 1277, ils firent un raid contre le couvent syrien occidental de Mar Matta, près de Mossoul, et enlevèrent des moines.

En 1278, les ennuis, les rivalités commencèrent. Le gouverneur fut calomnié par le persan Nasir al-Din Papa, l’ancien gouverneur de Mossoul nommé en 1266, qui l’accusait ainsi que le noble ‘Ashmut de détruire le pays de Mossoul. Les deux gouverneurs furent écartés du pouvoir après une commission d’enquête. Papa gouverna à leur place.

Mas’ud et le noble ‘Ashmut accusèrent Papa et ses juges de corruption. En 1280, ils allèrent chez Abaqa et lui demandèrent de rouvrir l’enquête qui dura un mois. Papa le traître fut exécuté en même temps qu’un persan Djalal al-Din Turan, le 8 août, sa tête exhibée à Mossoul.

“Ces gouverneurs chrétiens régirent de nouveau le pays de Mossoul et d’Erbil, et ils triomphèrent noblement. Ils acquirent une grande renommée ” (Chronography, P. 543)

Les parents des condamnés persans préparaient une attaque. Durant l’été 1281, ils accusèrent Mas’ud d’avoir volé l’argent de la famille de Djalal al-Din Turan. Le gouverneur, arrêté et torturé, promit de verser 500 0000 dariques. Ramené à Mossoul, il réussit à s’enfuir en cours de route. Son cousin Su’aydath fut torturé à mort.


Mas’ud, roi de Mossoul et de la région

Désireux de venger leur père, les fils de Djalal al-Din Turan, assassinèrent l’émir ‘Ashmut en l’an 1284 ( 1595 sél.), lors de l’accession au trône d’Arghun, le nouvel Il khan (1284-1291).

Quant à Mas’ud de Bar Qawta, il fut nommé roi de Mossoul et de ses environs par Arghun :

“En 1595, il nomma Mas’ud, fils de A’lam al-Din Ya’qub, roi pour Mossoul et sa région et tous les chrétiens se réjouirent. ” (Chronography, P. 554)

Le 17 juin 1286, 4 000 brigands et 300 cavaliers mamelouks arrivèrent devant Mossoul, après avoir ravagé la contrée et pillé le couvent de Mar Matta. Le roi Mas’ud s’enfuit devant eux, et se réfugia dans la citadelle. Les habitants de religion musulmane, trop confiants, laissèrent entrer dans la ville leurs coreligionnaires.

Les chrétiens, effrayés, s’étaient réfugiés avec leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux, dans la demeure maison d’un généreux notable, le naqib des Alides, l’une des factions musulmanes. Les maraudeurs, avertis, se dirigèrent vers la maison, ils escaladèrent les murs, violentèrent les femmes et les filles, pillèrent musulmans et chrétiens. Ils pillèrent encore les quartiers commerciaux et celui des Juifs. Ils emmenèrent en partant 500 esclaves.

Mas’ud n’avait pu empêcher ce pillage.


La fin de Mas’ud

L’histoire de Mas’ud finit mal.

Le roi de Mossoul ne fit pas un bon choix en soutenant, en 1289, Boqa, le trésorier d’Arghun. Ce dernier avait sauvé, sous le règne du roi des rois précédent, Tegüder Ahmed, la vie d’Arghun, qui dès son accession l’avait nommé Grand Émir. Mas’ud n’adressait ses salutations qu’à Boqa, n’obéissait qu’à lui. Il croyait que le Grand Émir était supérieur à tout le monde.

Boqa, en effet, se montrait hautain, impitoyable, il se faisait des ennemis des autres émirs. Accusé de complot contre Arghun, il s’enfuit. Repris, il fut exécuté le 14 janvier 1289. sa chute entraîna celle de Mas’ud.

Les Mongols demandèrent au roi chrétien de Mossoul dix myriades d’or. Malade, il céda et versa la somme. Il fut alors amené à Erbil et mis à mort le 4 avril 1289. Ses parents furent pourchassés. Sa royauté avait duré cinq ans.

Un Arménien fut nommé à sa place gouverneur de Mossoul.


Les rois mongols

Hulagu (1256-1265).

‘Abaqa (1265-1282).

Tekûder ‘Ahmâd (1282-1284).

‘Arghun.( 1284-1291).

Bibliographie

Chronicon syriacum : Editions en Syriaque

-Bar-Hebraei, Chronicon syriacum, publiée par P.J. Bruns et G.G. Kirsch, 2 volumes. Leipzig, 1789.

-Gregorii Barhebraei, Chronicon syriacum, éditée par Paulus Bedjan, Maisonneuve, Paris, 1890.

Edition vocalisée et notée en syriaque (sans traduction), Paris, 1890

-E.A.Wallis Budge, “ The Chronography of Gregory Abu’l-Faraj, 1225-1286, 2 vol, II (fac similé du texte), Londres, 1932, reimpr. Amsterdam, 1976.

-Réédition du texte syriaque, Julius Y.Ciçek, Losser, Hollande.



Traductions

-P.J. Bruns et G.G. Kirsch, Chronicon syriacum, traduction en latin, Leipzig, 1789.

- E.A.Wallis Budge, “ The Chronography of Gregory Abu’l-Faraj, 1225-1286, 2 vol., I (traduction anglaise), Londres, 1932, reimpr. Amsterdam, 1976.

-Chronicon syriacum, traduction du syriaque en arabe, faite par Ishaq Armaleh, éditée dans les numéros des années 1949-1956 de la revue el-Machreq de Beyrouth.

La même traduction arabe rassemblée en un volume, éditée par Dar el-Machriq, Beyrouth, 1986.


1 Ernest A. Wallis Budge, The Chronography of Gregory Abû’l-Faraj, 1225-1286, known as Bar Hebraeus, translated from the Syriac into English, London, 1932, Apa-Philo Press, Amsterdam, 1976. P. 535. Traduction fr. E.-I.YOUSIF.

samedi 14 août 2004

The Fate of Assyrian-Chaldeans

Assyrians-Chaldeans in the 19th century



Historical and political frame

In the XIXth century, Assyrians-Chaldeans, poor and humble, lived within the Ottoman empire, as Sultan of Constantinople’s subjetcs.

In 1839, Sultan Abdul-Medjid I, who reigned until 1861, promulgated an imperial chart, the Hatt-i-Chérîf, which opened an era of administrative, financial, judiciary reforms, the Tanzimat. All the subjects within the empire became equals All the subjects of the empire became equal, without distinction of nationality or religion. But things changed slowly in Northern mountains. Within Kurdish masses, Christian « Nestorian » population, were divided into seven independent tribes the ashiret. Beside the people of these tribes which paid few (or not) taxes to the sultan of Constantinople, lived the rayas, a population submitted to the Turkish or Kurdish chiefs. They were sometimes obliged to heavy work, overpowered by royalties, and reduced to a serfdom condition.

On the political field, Assyro-Chaldéens did not have the right to have political parties. No public schools nor universities, only reigned ignorance. Let us stress the ambiguous game played by the Western States, which created like strongholds “to protect Eastern Christians”… but they did not protect anything. They obtained rights of capitation.



Jacobit and Nestorian churches divided in two parts


The union of the Jacobit church with Rome became effective in 1783, thanks to the election of Michel Garoué. Thus was created the catholic Syrian church, which took a final form at the XIXème century.

The orthodoxe Jacobit church persisted, because a bishop refused to link himself in Rome. The Chaldean patriarch of Babylon, Jean Hormez joined in Rome in 1830, thus creating the branch of the contemporary Chaldean church.

Syriacs are coveted by various missionaries

Dominicans worked in Mesopotamia and in Mosul since 1750, two preaching friars arrived in Mosul in 1759, Dominicans founded the house of Amadia in 1840; the mission set out again, and at the end of the century, there were six houses of missionaries, in Mosul, Mar Yacoub, Amadia, Van, Seert, Jezireh.

Lazarists worked in Persia, since 1840, and opened a house in the village of Khosrawa (district of Salamas), then in Urmiah in 1870. Catholicism spred in about sixty villages.

Orthodox Russians contacted the Assyrians of ' Azerbaidjan and Hakkâri in 1859. A mission was installed in Urmiah and developed, especially since 1898 and met a sharp success. The Nestorian bishop converted with orthodoxy in 1898, followed by thousands of followers.

Anglicans: the first contacts were made in 1835. In 1842 Doctor Percy G Badger arrived at Kotchanès to help the Nestorian patriarch. In 1881, the mission was established in Hakkâri. Later, they created schools, as in Urmiah.

The American Protestants arrived in 1834, they founded a mission in Urmiah. In 1855, people saw the first Protestants Assyrian-Chaldeans. The mission developed since 1870 thanks to the Presbyterians. They founded a hundred of schools, printed books, trained pastors. They published a newspaper, Zahrira d' Bara (ray of light)



Exactions and massacres



Assyro-Chaldéens underwent exactions, massacres, in 1826, in 1843, in 1895.

Mohammed Pasha, of Soran, known as Mîr Kôr, the one-eyed prince, reigned in 1826, proclaimed his independence facing the Othoman Empire. He wanted to conquer Kurdistan, seized the area, the plains of Mosul, the regions of Akra, Amadia.

On March 15, 1832, the cruel sultan launched a raid, devastated the village of Alqosh where 367 people were killed, went to the monastery of Rabban Hormuz, burned the convent. Gabriel Dambo, and two monks perished. The villages of Tell-Kaif, Tell-Esqof, were also devastated.

The plague prevails in Alqoche in 1828, there were 700 died.

In 1833, Mohammed Pasha returned in the area of Akra and of Amadia, he made pass the Christian villages of Erbil and Aînkawa by many vicissitudes. At the end of May 1833, its army had established its authority on the whole of Kurdistan located at the north of Iraq until Jazira ibn ` Omar. The one-eyed pasha conquered Iranian Kurdistan, still devastated the Tur ` Abdin, but he had to go to the Turkish authorities. He was assassinated in Trebizond by Sultan’s men in 1837.

In 1843-1847, Bedir Khan, the Kurdish fanatic emir of Bothan, invaded the territory of Tiyari, massacred more than 10 000 inhabitants, reduced in slavery a great number of women and children, set fire to their villages. The emir crossed the Tiyari mounts later, walked on the district of Tkhoma, and organized a general carnage there.

The Armenian movement, which developed since 1890, caused the hostility of the Moslems. The rebellion of Sassoun, badly prepared, showed dreadful massacres. In 1895-96, in the vilayet of Bitlis, in the south of Sassoun, Diyarbakir, there were three days of slaughters, the 1, 2 November 3, 1895. A lot of Syriac, were killed.
In Urfa, the next year, 6000 people perished.

Syriac villages were devastated in the area of Tur' Abdin.


Assyrian-Chaldeans at the beginning of the XXth century:


On November 1st 1914, Turkey engaged in the First World War at the sides of Germany and Austria-Hungary. It was decided to fight the Franco-English Agreement and its allies. Assyrian-Chaldeans lived in the Othoman Empire, and more particularly in the vilayet of Diyarbakir, in the vilayet of Mosul, Sandjak de Hakkâri which depended on the vilayet of Van.


The Kurds were established in the same areas. Assyrian-Chaldeans (Nestorians) of Hakkâri were let allure by the vague promises of the Allies, they left their villages to take part in the world war in May 1915.


From Diyarbakir, Bitlis, Van, Harpout

The Othomans occupied Urmia in January 1915. Thereafter, thousand Assyrians-Chaldeans were assassinated in the surrounding plain, and their villages plundered. The city was not released before May 24th by the Russians.

The latter had driven out the Turks of Van, five days before. Jeudet Bey, the military governor of Van, was constrained by the Russians to leave the city, and fled towards Seert, in the south. He penetrated in the city with 8000 soldiers and ordered the massacre of many Christians


The Chaldean archbishop Addai Scher, a great erudite and orientalist, had a friend who was Osman, the agha of Tanzé, a village located at a few hours of Séert. He was the chief of the Hadide and Atamissa tribe. Osman suggested that the archbishop disguised in Kurdish and fled, led by some of his men. Addai Scher hid several days in the Kurdish chief’s house. Turkish gendarmes launched out to his track, burnt Osman’s house, threatening it to kill him and his family. Osman fled with his people. The gendarmes discovered the archbishop in his hiding place and killed him, on June 15, 1915.


In July, more than thousand womn and chikldren were displaced. Les villages alentour connurent un sort dramatique.

From spring to autumn 1915, the Othoman troops, supported by the governor of Mosul’s soldiers, pursued the Assyrian tribes of Hakkâri, which fled through valleys and mountains.

Assyrians-Chaldeans and Western Syriacs of the vilayet of Diyarbakir knew the deportations or the horror of massacres. In Diyarbakir, as in August 1914, 1687 shops of Christians were plundered and burned. On September 6, the whole city was attacked by Othoman soldiers and Hamidiyés regiments. Christians were arrested, assigned to the construction of the roads then massacred by Turkish gendarmes.

Since April 16, 1915, Armenian notables were under arrest, then Orthodox Syriacs, the Catholic Syrians and Chaldeans. Some of them were burnt alive. There were attempts to force people to convert. Convents, churches, goods of Christians were confiscated.

In the vilayet of Diyarbakir, there was, according to the Father Rhétoré, a French Dominican ho was witness of the events, 144 185 killed, disappeared, and among them, 10 010 Chaldeans. According to another Dominican witness, Father Simon, 157 200 Christians were killed.

Repression extended on the Christians from Mardin. At the beginning of May, notables were executed at the gates of the city. A few days later, Christians of all confessions were arrested. The Christian villages of the surroundings of Mardin were also attacked, plundered by troops of soldiers and Kurds. In the sanjak of Mardin, 74 675 were killed and disappeared, with 6800 catholic Chaldeans.


Tour' Abdin had its share of massacres. It was persecuted at the beginning of the summer 1915 then during the year 1917.


In the city of Jazireh, in May 1915, they arrested notable also. The catholic Syrian bishop, the Chaldeans’ one, Mar Yacoub was imprisonned with his priests, then sent out of the city. The women were dishonoured and sold like slaves. Two hundred and fifty Chaldeans and hundred Syriacs perished. In the surroundings, Jacobit villages and 15 Chaldean villages were destroyed.
In Nisibe, since on June 14, 1915, the Christian district was attacked by troops which massacred men. On 28, the women perished in the Saint-Jacob church. More than thousand Christians were killed and their villages destroyed.

At spring 1915, convoys of women, children, old men deportees, arrived at Urfa, the men having been already massacred. According to the same scenario, the notables of the city were arrested, thrown in prison, beaten and their houses searched. When an Armenian district revolted, twenty thousand people perished.

It is true also that in Bohtan, some Kurdish muslims, tried with courage to save their Christian neighbors, threatened by Turkish soldiers.


Assyrians-Chaldeans and Western Syriacs of Mosul vilayet


Fortunately, the vilayet of Mosul was relatively saved, thanks to the intervention of the Chaldean patriarch Joseph Emmanuel II Thomas (1900-1947) near the vali Heyder Pasha which did not support really the anti-Christian movement. The majority of the Kurdish aghas of this province refused to displace the men and to plunder the houses.



The end of the war


The Assyrians constituted in 1916, an army of twenty-five thousand soldiers who illustrated themselves at the sides of Russians, on the Caucasus front. In 1917, after the Bolshevik revolution, like the Assyrians felt abandoned, they joined the British lines. Some engaged like auxiliaries in the battalions under, to help the English on the Persian Front.

From February to July 1918, in Urmia and Salmas, there were riots and massacres. The Assyrians knew a tragic exodus. They were tracked, harassed by Turkish soldiers and irregular Kurdish fighters, decimated by diseases, typhus, cholera, variola. Fifty thousand of them died on the burned sun roads. Fifty thousand arrived in Hamadan at 480 kilometers. The English directed them towards the camp of Bakouba, in the north of Baghdad.



Assyrians-Chaldeans under Britton Mandate


Brittons took from Othoman empires the vilayets of Bassora and Baghdad. On March 11, 1917, General Stanley Maud seized Baghdad and on October 10, 1918, the Marshall General entered in Mosul, and took the control of the city.

On April 25, 1920, the conference of San Remo gave to Great Britain the mandates on Palestine, Transjordanie and Iraq. The vilayet of Mosul was under French influence since the agreements concluded in May 1916 by Sykes, the British Minister for the Foreign Affairs and Picot, a French diplomat. It had to remain within the borders of Iraq, placed under British domination. France, on the other hand, intended to receive 25% of the oil rights of the area of Mosul, which contained rich person layers.

On August 10, 1920, the Treaty of Sevres devoted the dismemberment of the Othoman Empire. It envisaged the creation of an independent Kurdish State, placed under the mandate of the League of Nations. It granted to Assyrians-Chaldeans a protection, within the framework of an autonomous Kurdistan, without speaking about a creation of a State.


Iraq, made up of two provinces, Baghdad and Bassora, became in 1921 a kingdom given to Emir Fayçal, Husein Hashemi ‘son, the sherif of Mecca.

The events precipitated. In Turkey, Mustafa Kemal abolished the caliphate, created a laic Republic, and contested the Treaty of Sevres.

On July 24, 1923, a new treaty, the Treaty of Lausanne, recognized to Turkey the right of being free nation with stable borders. It was unjust for the Kurds, the Armenians, Assyrians-Chaldeans, considered as simple minorities to be protected, which did not obtain any autonomy and wondered about their future.

The question of the borders with Iraq was not solved.

On December 16, 1925, the League of Nations decided that the vilayet of Mosul would be joined to Iraq, and mounts of Hakkâri, attached to Turkey. The Assyrians, which had engaged in the war on the side of the Allies, could not return any more in their villages. They had asked their own territory. Allies had forgotten their promise.

jeudi 5 août 2004

Le Destin des Assyro-Chaldéens




Les Assyro-Chaldéens au dix-neuvième siècle



Le cadre historique et politique

Au dix-neuvième siècle, les Assyro-Chaldéens, pauvres, modestes, vivaient au sein de l’Empire ottoman, soumis au sultan de Constantinople.

En 1839, le sultan Abdul-Medjid I, qui devait régner jusqu’en 1861, promulgua une charte impériale, le Hatt-i-Chérîf, qui ouvrait une ère de réformes administratives, financières, judiciaires, le Tanzimat. Tous les sujets de l’empire devenaient égaux, sans distinction de nationalité ou de religion. Les choses bougèrent peu dans les montagnes du Nord. Au sein de la masse kurde, les populations chrétiennes, « nestoriennes », étaient réparties en sept tribus indépendantes, les achiret. À côté des gens de ces tribus qui payaient peu ou pas d’impôts au sultan de Constantinople, vivaient les raya, populations soumises aux chefs turcs ou kurdes. Elles étaient parfois astreintes à des travaux pénibles, écrasées de redevances, réduites au servage.

Sur le plan politique, les Assyro-Chaldéens n’eurent pas le droit d’avoir des partis politiques. Pas d’écoles publiques, d’universités, régnait l’ignorance.

Signalons le rôle ambigu joué par les États occidentaux, qui créèrent comme des fiefs pour protéger les chrétiens de l’Orient, mais ils ne protégèrent rien. Ils obtinrent des droits de capitation.



Les églises jacobites et nestoriennes divisées en deux

L’union de l’église jacobite avec Rome devint définitive en 1783, grâce à l’élection de Michel Garoué. Ainsi fut créée l’église syrienne catholique qui prit une forme définitive au XIXème siècle.

L’église jacobite orthodoxe persista, car un évêque refusa de s’unir à Rome.

Le patriarche chaldéen de Babylone, Jean Hormez se rallia à Rome en 1830, créant ainsi la branche de l’église chaldéenne d’aujourd’hui.


Les Syriaques convoités par divers missionnaires

Les dominicains oeuvrèrent en Mésopotamie et à Mossoul dès 1750, deux frères prêcheurs arrivèrent à Mossoul, en 1759, les dominicains créèrent la maison d’Amadia en 1840 ; la mission repartit, et à la fin du siècle, il y avait six maisons de missionnaires, à Mossoul, Mar Yacoub, Amadia, Van, Séert, Djézireh.

Les lazaristes travaillèrent en perse, dès 1840, et ouvrirent une maison dans le village de Khosrawa, district de Salamas, puis à Ourmiah en 1870. Le catholicisme rayonna dans une soixantaine de villages.

Les orthodoxes russes prirent contact avec les Assyriens d’’Azerbaidjan et d’Hakkâri en 1859. Une mission fut installée à Ourmiah et se développa, surtout à partir de 1898 et rencontra un vif succès. L’évêque nestorien se convertit à l’orthodoxie en 1898, suivi par des milliers d’adeptes.

Les anglicans : les premiers contacts furent pris en 1835. De 1842 le docteur Percy G. Badger arriva à Kotchanès pour aider le patriarche nestorien. En 1881, la mission s’établit au Hakkâri. Plus tard, ils créèrent des écoles, comme à Ourmiah.

Les protestants américains arrivèrent en 1834, ils fondèrent une mission à Ourmiah. En 1855, on vit les premiers Assyro-Chaldéens protestants. La mission se développa dés 1870 grâce aux presbytériens. Ils fondèrent une centaine d’écoles, imprimèrent des livres, formèrent des pasteurs. Ils publièrent un journal, Zahrira d’Bara (rayon de lumière)


Exactions et massacres


Les Assyro-Chaldéens subirent des exactions, des massacres, en 1826, en 1843, en 1895.

Mohammed Pacha, de Soran, dit Mîr Kôr, le prince borgne, régna en 1826, proclama son indépendance par rapport à l’Empire ottoman. Il voulut conquérir le Kurdistan, s’empara de la région, des plaines de Mossoul, des contrées d’Akra, d’Amadia.

Le 15 mars 1832, le dur sultan lança un raid, ravagea le village d’Alqoche où 367 personnes furent tuées, il alla jusqu’au monastère de Rabban Hormuz, brûla le couvent. Gabriel Dambo, et deux moines périrent. Les villages de Tell-Kaif, Tell-Esqof, furent aussi ravagés.

La peste sévit à Alqoche en 1828, il y eut 700 morts.

En 1833, Mohammed Pacha revint dans la région d’Akra et d’Amadia, il fit passer les villages chrétiens d’Erbil et Aînkawa par bien des vicissitudes.

Fin mai 1833, son armée avait établi son autorité sur l’ensemble du Kurdistan situé au nord de l’Irak jusqu’à Djézira ibn ‘Omar. Le pacha borgne conquit le Kurdistan iranien, ravagea encore le Tour ‘Abdin, mais il dut se rendre aux autorités turques. Il fut assassiné à Trébizonde par les hommes du sultan en 1837.

En 1843-1847, Béder Khan, l’émir kurde, fanatique du Bothan, envahit le territoire des Tiyari, massacra plus de 10 000 habitants, réduisit en esclavage un grand nombre de femmes et d’enfants, incendia leurs villages. L’émir franchit plus tard les monts Tiyari, marcha sur le district du Tkhoma, et y organisa un carnage général.

Le mouvement arménien, qui se développa à partir de 1890, provoqua l’hostilité des musulmans. La rébellion de Sassoun, mal préparée, se solda par d’affreux massacres. En 1895-96, dans le vilayet de Bitlis, au sud de Sassoun, à Diyarbakir, il y eut trois jours de tueries, le 1, 2 3 novembre 1895. Des Syriaques, en bon nombre, furent tués.

A Urfa, l’année suivante périrent 6000 personnes.

Des villages syriaques furent dévastés dans la région de Tour’Abdin.



Les Assyro-Chaldéens au début du vingtième siècle


Le premier novembre 1914, la Turquie s’engagea dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Elle était décidée à combattre l’Entente franco-anglaise et ses alliés.

Les Assyro-Chaldéens vivaient dans l’Empire ottoman, et plus particulièrement dans le vilayet de Diyarbakir, dans le vilayet de Mossoul, dans le Sandjak de Hakkâri qui dépendait du vilayet de Van.

Les Kurdes étaient établis dans les mêmes régions.

Les Assyro-Chaldéens (nestoriens) du Hakkâri se laissèrent séduire par les vagues promesses des Alliés, ils quittèrent leurs villages pour prendre part au conflit mondial en mai 1915.


Les Assyro-Chaldéens des vilayets orientaux :

de Diyarbakir, Bitlis, Van, Harpout :

Les Ottomans occupèrent Ourmia en janvier 1915. Par la suite, mille Assyro-Chaldéens furent assassinés dans la plaine environnante, leurs villages pillés. La ville ne fut libérée que le 24 mai par les Russes.

Ces derniers avaient chassé les Turcs de Van cinq jours auparavant. Djeudet Bey, gouverneur militaire de Van, contraint par les Russes de quitter la ville, s’enfuit vers Séert, au sud, et pénétra dans la cité avec 8000 soldats. Il ordonna le massacre des nombreux chrétiens.

L’archevêque chaldéen Addai Scher, grand savant, orientaliste, avait pour ami Osman, l’agha de Tanzé, un village situé à quelques heures de Séert. C’était le chef de la tribu « Hadidé » et des « Atamissa ». Osman suggéra à l’archevêque de se déguiser en Kurde et de fuir, sous la conduite de quelques-uns de ses hommes. Addai Scher se cacha plusieurs jours chez le chef kurde. Les gendarmes turcs se lancèrent à sa poursuite, mirent le feu à la maison d’Osman, menaçant de le faire passer de vie à trépas, lui et les siens. Celui-ci s’enfuit avec sa famille. Les gendarmes découvrirent l’archevêque dans sa planque et le tuèrent, le 15 juin 1915.

En juillet, plus de mille femmes et enfants furent déportés. Les villages alentour connurent un sort dramatique.

Du printemps à l’automne 1915, les troupes ottomanes, soutenues par les soldats du gouverneur de Mossoul, pourchassèrent les tribus assyriennes du Hakkâri, qui fuirent à travers vallées et montagnes.

Les Assyro-Chaldéens et les Syriaques occidentaux du vilayet de Diyarbakir connurent les déportations ou l’horreur des massacres.

À Diyarbakir, dès août 1914, 1687 boutiques de chrétiens furent pillées, brûlées. Le 6 septembre, la ville entière fut assaillie par des soldats ottomans et des régiments hamidiés. Des chrétiens furent arrêtés, affectés à la construction des routes puis massacrés par les gendarmes turcs.

Dès le 16 avril 1915, l’on arrêta les notables arméniens, puis les Syriaques orthodoxes, les Syriens catholiques et les Chaldéens. Certains furent brûlés vifs. Il y eut des tentatives de conversions forcées à l’islam. Couvents, églises, biens des chrétiens furent confisqués.

Dans le vilayet de Diyarbakir, il y eut d’après le père Rhétoré, un dominicain français, témoin des événements, 144 185 tués, disparus, et parmi eux, 10 010 Chaldéens. Selon un autre témoin dominicain, le père Simon, 157 200 chrétiens perdirent la vie.

La répression s’étendit sur les chrétiens de Mardin. Au début mai, des notables furent mis à mort à la sortie de la ville. Quelques jours plus tard, des chrétiens de toutes confessions furent arrêtés. Les villages chrétiens des environs de Mardin furent aussi attaqués, pillés par des troupes de soldats et de Kurdes.

Dans le sandjak de Mardin, l’on compta 74 675 tués et disparus, et 6800 Chaldéens catholiques.

Le Tour’Abdin eut sa part de massacres. Il fut mis à mal au début de l’été 1915 puis dans le cours de l’année 1917.

Dans la ville de Djézireh, en mai 1915, on arrêta aussi les notables. L’évêque syrien catholique, celui des chaldéens, Mar Yacoub avec ses prêtres, furent mis en prison, puis supprimés, hors de la ville. Les femmes furent déshonorées et vendues comme esclaves. Deux cent cinquante Chaldéens et cent Syriaques périrent. Dans les environs, des villages jacobites et 15 villages chaldéens furent anéantis.

À Nisibe, dés le 14 juin 1915, le quartier chrétien fut attaqué par les troupes, les hommes massacrés. Le 28, les femmes périrent dans l’église Saint-Jacques. Plus de mille chrétiens furent abattus et des villages détruits.

Au printemps 1915, des convois de déportés composés de femmes, d’enfants, de vieillards, arrivèrent à Urfa, les hommes ayant été massacrés. Selon le même scénario, des notables de la ville furent arrêtés, jetés en prison, roués de coups, leurs maisons perquisitionnées. Lors de la révolte arménienne d’un quartier, vingt-mille personnes périrent.

Il est vrai aussi que dans le Bohtan, des Kurdes, musulmans, tentèrent avec courage de sauver leurs voisins chrétiens, menacés par des soldats turcs.


Les Assyro-Chaldéens et les Syriaques occidentaux du vilayet de Mossoul

Heureusement, le vilayet de Mossoul fut relativement épargné, grâce à l’intervention du patriarche chaldéen Joseph Emmanuel II Thomas (1900-1947) auprès du vali Heyder Pacha qui ne soutenait pas vraiment le mouvement anti-chrétien. La plupart des aghas kurdes de cette province refusèrent de supprimer les hommes et de piller les maisons.


La fin de la guerre

Les Assyriens constituèrent en 1916 une armée de vingt-cinq mille soldats qui s’illustrèrent aux côtés des Russes, sur le front du Caucase.

En 1917, après la révolution bolchevique, comme les Assyriens se sentaient abandonnés, ils rejoignirent les lignes britanniques. Quelques-uns s’engagèrent comme auxiliaires dans les bataillons sous, pour aider les Anglais sur le front, en Perse.

De février à juillet 1918, à Ourmia et à Salmas, il y eut des émeutes, des massacres. Les Assyriens connurent un exode tragique. Ils furent poursuivis, harcelés par les soldats turcs et les irréguliers kurdes, décimés par les maladies, typhus, choléra, variole. Cinquante mille d’entre eux trouvèrent la mort sur les routes brûlées de soleil. Cinquante mille parvinrent à Hamadan, à 480 kilomètres. Les Anglais les dirigèrent vers le camp de Bakouba, au nord de Bagdad.


Les Assyro-Chaldéens sous le Mandat britannique


Les Anglais avaient ôté aux Ottomans les vilayets de Bassora et de Bagdad.

Le 11 mars 1917, le général Stanley Maud s’empara de Bagdad et le 10 octobre 1918, le général Marshall entra dans Mossoul, et prit le contrôle de la ville.

Le 25 avril 1920, la conférence de San Remo donna à la Grande-Bretagne les mandats sur la Palestine, la Transjordanie et l’Irak. Le vilayet de Mossoul était sous influence française depuis les accords conclus en mai 1916 par Sykes, ministre britannique des Affaires étrangères et Picot, diplomate français. Il devait rester dans les frontières de l’Irak, placé sous domination britannique. La France, en contrepartie, comptait recevoir 25% des droits pétroliers de la région de Mossoul, qui contenait de riches gisements.

Le 10 août 1920, le traité de Sèvres consacra le démembrement de l’Empire ottoman. Il prévoyait la création d’un État kurde indépendant, placé sous le mandat de la Société des Nations. Il accordait aux Assyro-Chaldéens une protection, dans le cadre d’un Kurdistan autonome, sans parler de création d’État.

L’Irak, constitué de deux provinces, Bagdad et Bassora, devint en 1921 un royaume que l’on confia à l ‘émir Fayçal, fils de Hussein le Hachémite, le chérif de la Mecque.

Les événements se précipitèrent. En Turquie, Mustafa Kemal supprima le califat, créa une République laïque, remit en question le Traité de Sèvres.

Le 24 juillet 1923, un nouveau traité, le Traité de Lausanne, reconnut à la Turquie les droits d’une nation libre, des frontières stables. Il était injuste pour les Kurdes, les Arméniens, les Assyro-Chaldéens, simples minorités à protéger, qui n’obtinrent aucune autonomie et s’interrogèrent sur leur avenir.


La question des frontières avec l’Irak n’était pas résolue

Le 16 décembre 1925, la Société des Nations décida que le vilayet de Mossoul serait relié à l’Irak, et les monts du Hakkâri, rattachés à la Turquie. Les Assyriens, qui s’étaient engagés dans la guerre du côté des Alliés, ne pouvaient plus rentrer dans leurs villages. Ils avaient demandé un territoire national. Alliés avaient oublié leur promesse à leur égard.



Festival ASHARIDU, Conférence : 5 -8 -2004 Suède