mercredi 14 avril 2004

Dicle ve Fırat’ın Destanı

Dicle ve Fırat’ın Destanı


Ephrem-Isa Yousif, bizi Antik Mezopotamya’nın ve bize paha biçilmez bir ortak mal bırakan, insanlığın kaderini değiştiren uygarlıkların keşfine doğru bir yolculuğa çıkarıyor. Evreni yeni bir bakış açısıyla gören olağanüstü yaratıcılar olan Sümerlilerle temasa geçmemizi sağlıyor. Sümerliler ilk şehirleri icat ettiler, devletler kurdular. Akadlılar onların yerine geldiler; ardından Babilliler, Asurlular Mezopotamya’nın yüzünü şekillendirmeye devam ettiler. Astronomi, astroloji, matematik ve hukuk gelişti. Mutemetleri olduğumuz bu ülkenin mirası, sadece harabeler ya da müze vitrinlerindeki nesnelerle sınırlı kalmaz. Duyarlılığımızı, hayal gücümüzü uyandırır, kendimizi daha iyi tanımamızı ve tanımlamamızı sağlar.

mardi 13 avril 2004

L'Irak, berceau de la civilisation

Maoro: En quoi l'Irak est-il considéré comme un pays riche culturellement?


Ephrem Isa Youssif : l'Irak est connu comme le berceau de la civilisation et le territoire irakien d'aujourd'hui couvre une grande partie des terres d'une civilisation antique. C'est aussi le pays des Sumériens, au centre celui des anciens Arcadiens et au nord des anciens Assyriens. Donc c'est là que sont nées les grandes civilisations antiques et pour cette raison, l'Irak est appelé le berceau de la civilisation. Pourquoi ? Car c'est là que plusieurs choses importantes de l'histoire de ce monde ont été inventées : l'écriture, par d'anciens Mésopotamiens, vers 3200 avant l'ère chrétienne, la construction des premières villes de l'humanité, la création des premiers codes dont le code Hammourabi, les grandes bibliothèques comme celle du roi assyrien Assourbanipal au 7ème siècle. C'est là aussi qu'a été réalisée la première réflexion philosophique sur l'homme et son destin et qui est connue aujourd'hui sous le nom de L'épopée Gilgamesh. L'auteur de cette épopée dit: c'est notre terre, notre monde à construire pour vivre au mieux.

Reda: Quelle a été votre enfance, et quand avez-vous quitté l'Irak?

Ephrem Isa Youssif : Je suis originaire d'un village assyro-chaldéen du nord de l'Irak, habité par des chrétiens qui parlent la langue araméenne. Je suis venu en France en 1974 pour faire mes études à la faculté de Nice, j'ai eu mon doctorat et je suis rentré à Bagdad puis revenu en 1981 pour enseigner la philosophie et la langue arabe à Toulouse. Depuis quelques années, je me consacre à l'écriture pour faire connaître le patrimoine et la civilisation de l'Irak antique et aussi de l'Irak d’aujourd’hui. C'est pour cela que j'ai déjà publié sept livres sur cette histoire.

Lora: Etes-vous retourné en Irak depuis la chute de Saddam? Pouvez-vous nous dire la situation des Assyro-Chaldéens dans ce pays ?


Ephrem Isa Youssif : Non, je n'y suis pas retourné, mais je suis informé par les amis et les parents. Je veux attendre que la situation et les esprits se calment, et aussi pour une raison pratique. Je pensais que l'aéroport de Bagdad serait ouvert bientôt et que je pourrais aller visiter le pays. La grande majorité des Assyro-Chaldéens vivent à Bagdad, mais ils sont presque tous originaires du nord. On évalue le nombre des Assyro-Chaldéens aujourd'hui à 800.000 en Irak. Ceux du Kurdistan, où il n'y a pas de troubles, se sentent en sécurité, mais ceux qui vivent à Bagdad et dans les villes du sud comme Bassora ont eu des problèmes. Surtout venant de quelques fanatiques. Plusieurs Assyro-Chaldéens tenaient des boutiques et avaient des licences de vente d'alcool et ils ont été plastiqués par des extrémistes.


Pat: C'est quoi un intellectuel assyro-chaldéen, dans un monde arabo-musulman à feu et à sang?


Ephrem Isa Youssif : Dans ce Proche-Orient, les gens sont victimes de sous-développement économique et culturel, à cause de l'analphabétisme, mais aussi de sous-développement politique, par manque de libertés démocratiques, ce qui crispe la situation. Les intellectuels jouent un grand rôle dans cet Orient multiple et varié, avec ses ethnies, arabe, kurde, assyro-chaldéenne, turkmène, ses langues, et religions diverses, musulmans, chrétiens. Il y a aussi les Yézidis, Kurdes du nord, et les Sabéens, au sud du pays, qu'on appelle les adeptes de Jean-Baptiste et qui vivent dans les marais et à Bagdad. Ainsi, on voit que la Mésopotamie ancienne est une mosaïque de peuples, de langues et de religions, et un intellectuel doit travailler pour que ces gens vivent en bonne intelligence.


Nassif: Quel est aujourd'hui le rapport entre les intellectuels qui sont restés au sein de l’ Irak de Saddam et ceux qui ont comme vous vécu en exil?


Ephrem Isa Youssif : Effectivement, il y a toujours eu des relations entre les intellectuels qui vivaient dans ce pays et ceux qui vivaient en Occident. Une minorité était au service du régime et une majorité était des gens très dévoués à leurs arts : poètes, artistes, cinéastes. Il y a toujours eu un va-et-vient et une entente entre les intellectuels restés en Irak et ceux installés en Occident. Mais ceux qui sont restés dans le pays ont un grand mérite, car ils ont continué à créer des œuvres d’art contemporaines, malgré l’embargo.

Reza: Quel est le poids démographique, politique et économique de votre communauté, on en parle très peu?


Ephrem Isa Youssif : La couche ancienne de la population irakienne est le peuple assyro-chaldéen, descendant, héritier des anciens Mésopotamiens. Ces gens travaillent dans deux domaines: économique, commercial, la plupart ont des restaurants, des hôtels, ils ont été des pionniers, mais ils travaillent aussi dans l'administration. Depuis la création de l'Etat irakien en 1921, ils ont participé à la vie administrative du pays. Dans le secteur libéral, les ingénieurs, les médecins assyro-chaldéens ont une présence très forte en Irak et leur poids culturel est énorme, comme celui des professeurs, chercheurs, historiens, archéologues. Mais malheureusement on n'en parle pas en Occident.


Pat: Quels sont les domaines culturels où l'Irak s'affiche comme un des pays arabes les plus créatifs?


Ephrem Isa Youssif : Il y a un domaine où les Irakiens ont été les pionniers, ce n'est pas pour les vanter, c'est une réalité, je parle de la poésie, parce que les Irakiens ont été les premiers à créer et développer la poésie moderne arabe. Citons, plus particulièrement, des noms comme Sayyab, Bayati et Nazek el Malaika. Ce sont les pionniers qui ont créé cette école avec des poèmes de très haut niveau, pleins de réflexions, de philosophie, de sensibilité, d’émotion. C'était dans les années 50 et 60.

Puis, il y a eu une deuxième vague de poètes de très haut niveau, avec Sorgon Boulus, Fadel Azaoui, Saadi Youcef, Fayçal Jassem. Seule une petite partie de ces artistes est mentionnée ici. Mais hélas, en français, peu d'ouvrages sont traduits. D’autres noms ont brillé, en poésie, en calligraphie, dans les arts plastiques.

Chat sur le site Libération, 2004.

mardi 13 mai 2003

La floraison des philosophes syriaques


LA FLORAISON DES PHILOSOPHES SYRIAQUES
Ephrem-Isa Yousif


L'auteur nous conte l'histoire des philosophes syriaques en Syrie et en Mésopotamie. Du IIe au XIVe siècle, ces savants se penchèrent sur les grandes questions philosophiques de leur époque.Ils pressentaient que le but de l'homme était le développement de l'esprit. Ils écrivirent des livres originaux, traduisirent les oeuvres majeures de la philosophie grecque, celles de Platon, d'Aristote et de Galien. Ils réalisèrent la transmission de ce patrimoine au monde arabe, qui le fit passer, au Moyen-âge, en Occident.
ISBN : 2-7475-4348-X • mai 2003 • 332 pages

jeudi 13 juin 2002

Les chroniqueurs syriaques


LES CHRONIQUEURS SYRIAQUES
Ephrem-Isa Yousif
GÉNÉRALITÉS, OUVRAGE DE SYNTHÈSE MAGHREB, MONDE ARABE, MOYEN ORIENT

L'auteur nous raconte l'épopée des chroniqueurs syriaques, qui du IIIe siècle au XIVe siècle, nous retracèrent l'histoire des événements civils et religieux de l'Orient. Ils réalisèrent des annales, des histoires locales, des chroniques, des chronographies. Ils furent les contemporains de grands moments de civilisation et nous laissèrent des documents de première importance. Ils jetèrent sur l'univers un autre regard que celui des historiens latins, grecs, arabes, mongols. Sans leurs onze chroniques, nous aurions une vue incomplète de l'Histoire

samedi 13 avril 2002

La Charte de Muhammad


page d'écriture dite hijazi (première écriture arabe)

Coran, sourate XXVI, 23-51. VIIe-VIIIe siècles. Parchemin.
BNF, Manuscrits orientaux (Arabe 328)


L’auteur de la Chronique de Séert

La Chronique couvrait les événements jusqu’au onzième siècle.

Nous ne connaissons pas l’auteur de la Chronique. Chrétien, nestorien, il est sans doute un homme d’église et vit en Haute Mésopotamie. Il vogue sur un océan de mots, il aborde des rivages oubliés. Il écrit en arabe, mais il parle le syriaque et utilise des termes syriaques. Selon de nombreux orientalistes, il aurait composé sa chronique avant 1023,

Le texte est basé sur des sources anciennes où l’auteur a puisé.

Après la Conquête, en un premier temps, les Arabes musulmans laissèrent aux populations soumises la liberté religieuse, pourvu qu’elles payassent l’impôt. La Chronique de Séert contient une charte de protection, accordée par Mohammad aux chrétiens de Najran, qui lui avaient apporté leurs présents, et à tous les chrétiens :

« Cette copie a été faite sur un registre qui fut retrouvé en 265 (878-879 de notre ère) à Birmantha chez Habib le moine. Selon le témoignage de celui-ci, la copie venait de la bibliothèque de philosophie, dont il avait été conservateur avant de devenir moine; le pacte était écrit sur une peau de bœuf qui avait jauni, et portait le sceau de Mohammad, que la paix soit sur lui. »

En voici la copie :

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

« Charte de protection donnée par Dieu et son Apôtre à ceux qui ont reçu le Livre (sacré), aux chrétiens qui appartiennent à la religion de Najran ou à toute autre secte chrétienne. Il leur a été écrit par Mohammad, envoyé de Dieu près de tous les hommes, en gage de protection de la part de Dieu et de son Apôtre, et afin qu’il soit pour les musulmans qui viendront après lui un pacte qui les engagera, qu’ils devront admettre, reconnaître pour authentique et observer en leur faveur. Il est défendu à tout homme, fût-il gouverneur ou détenteur d’autorité, de l’enfreindre ou de le modifier. Les Croyants ne devront pas être à la charge des chrétiens, en leur imposant d’autres conditions que celles qui sont portées dans cet écrit. Celui qui le conservera, qui le respectera, qui se conformera à ce qui y est renfermé, s’acquittera de ses devoirs et observera le pacte de l’Apôtre de Dieu. Celui qui, au contraire, le violera, qui s’y opposera, qui le changera, portera son crime sur sa tête; car il aura trahi le pacte de Dieu, violé sa foi, résisté à son autorité et contrevenu à la volonté de son Apôtre : il sera donc imposteur aux yeux de Dieu. Car la religion que Dieu a imposée, et le pacte qu’il a fait, rendent la protection obligatoire. Celui qui n’observera pas ce pacte, violera ses devoirs sacrés, et celui qui viole ses devoirs sacrés n’a pas de fidélité et sera renié par Dieu et par tous les Croyants sincères. La raison pour laquelle les chrétiens ont mérité d’obtenir ce pacte de protection de Dieu, de son Envoyé et des Croyants, est un droit qu’ils se sont acquis, et qui engage quiconque est musulman, d’obtenir cette charte établie en leur faveur par les hommes de cette Religion et qui force tout musulman à y avoir égard, à lui prêter main-forte, à la conserver, à la garder perpétuellement et à la respecter fidèlement. » [Chronique de Séert, II, 281-282-283]


Le catholicos Ishô’yahb II sentait monter une nouvelle religion, l’Islam. Dès 632, il dépêcha au prophète Mohammad une ambassade dirigée par l’évêque de Maïshan, ville située au sud de l’Iraq, pour solliciter sa protection :

“Le catholicos Ishô’yahb avait envoyé au Prophète- que la paix soit sur lui- des présents et mille statères d’argent avec Gabriel, évêque de Maïshan, homme vertueux et savant. Il lui écrivit, lui demandant d’être bienveillant envers les chrétiens.” [II, 298-299]

Muhammad étant mort entre temps, ce fut le calife Abû Bakr (632-634) qui reçut l’évêque Gabriel et lui accorda ce qu’il désirait.

Cette charte est très ancienne. Les musulmans du Proche-Orient se doivent de la découvrir aujourd’hui.


Voir le livre « Les chroniqueurs syriaques », Éphrem-Isa YOUSIF, éd. L’Harmattan, Paris, 2002, pp. 277-344.