jeudi 20 octobre 2005

La Démocratisation du Moyen-Orient




De la Cité-État à la démocratie


Les premières Cités-États en Basse Mésopotamie

À la fin du quatrième millénaire avant notre ère, en Basse Mésopotamie, le pays de Sumer, les habitants passèrent du gros village à la ville. Celle-ci s’organisa peu à peu, sur un territoire donné, en une puissante et vénérable cité-état. Elle était incarnée par un souverain et dirigée non plus seulement par une famille ou un clan, comme dans la société agricole, mais par une élite religieuse, politique et militaire.

Les autorités centrales percevaient des taxes et des tributs pour construire et entretenir les prestigieux bâtiments publics. De ce fait, artisanat et commerce se développèrent, ainsi que les premiers éléments des sciences et des arts. De nombreuses cités-états se développèrent, Eridu, Ur, Larsa, Lagash, Nippur, Kish, Sippar. Chacune avait son dieu tutélaire, mais acceptait dans ses temples tous les autres dieux. L’intolérance religieuse et le racisme n’étaient pas de règle en ces temps antiques.

A la fin du quatrième millénaire avant J.-C., la ville d’Uruk (environ 100 ha), prit un grand essor, à une époque où de nombreux peuples vivaient encore dans des grottes et des huttes. Elle devint alors la plus importante de Mésopotamie. Grand centre religieux mais aussi commercial, elle développa ses relations avec les pays voisins et étendit son l’influence jusqu’à la Méditerranée et au plateau iranien.

Vers 3300 avant J.-C ;et sur des tablettes d’argile provenant d’Uruk, ville riche et prospère, que l’on trouva les premières traces d’écriture cunéiforme,. Les tablettes parlaient de transactions commerciales. Uruk, Terre où souffle l’esprit .

Avec l’invention de l’écriture, une nouvelle ère commença. Au seuil de l’histoire, premiers récits, première épopée, celle du roi d’Uruk, Gilgamesh. L’écriture était un lien, un flambeau qui éclairait et illuminait le monde.


Les premiers codes, dans les grands empires

Des codes de lois furent rédigés en sumérien pour gérer la société sumérienne, comme ceux d‘Ur-Nammu, roi de la Troisième dynastie d’Ur (2112-2094 av. J.-C.) et de Lipit-Ishtar, le roi d’Isin (vers 1930 av. J.-C.).

Le code d’Ur-Nammu, roi d’un empire riche et puissant, contenait 37 articles. Il rétablissait l’ordre et la prospérité dans le Pays, en bannissait la malédiction, la violence et les conflits. Il protégeait le pauvre, la veuve et l’orphelin contre l’avidité des puissants, punissait d’une amende sévère les crimes et les délits. Il préfigurait le code de Hammourabi.

Vers 1792 avant J.-C., Hammourabi, roi de Babylone, hérita d’un modeste royaume. Il conquit les cités, Uruk, Isin, et vingt-quatre villes, il unifia le Pays sous son sceptre ; il développa Babylone qui devint un centre politique, religieux, culturel important. Il bâtit un empire qui prit un aspect plus juridique.

Hammourabi promulgua un code de grande ampleur, écrit en akkadien sur une stèle de basalte et introduisit de profondes réformes.

Une copie de cette stèle, qui mesure 2,25 mètres se trouve aujourd’hui au musée du Louvre à Paris.

Le roi déclare dans son prologue que les dieux l’ont désigné « pour proclamer le droit dans le Pays, pour éliminer le mauvais et le pervers, pour que le fort n’opprime pas le faible, pour paraître sur les populations comme le Soleil et illuminer le Pays. »

Le code, fondé sur la justice, brosse un tableau de la société ; il contient 282 lois concernant la vie sociale et individuelle : transactions commerciales, travail, propriété, agriculture, salaires, famille, châtiments.

Hammurabi établit la légalité dans la cité ; il ne méprise pas la voix des êtres faibles, il protége les opprimés, les pauvres, les femmes, les veuves, les orphelins contre la misère, les sévices, l’abandon. Il manifeste un souci d’équité individuelle.

Comme le dit le code, l’opprimé est invité à lire ou à se faire lire la stèle « pour qu’il voie son cas et que son cœur se dilate. » Les futurs souverains sont priés d’observer ces lois.

Hammurabi conclut dans l’épilogue :

« J’ai serré sur mon sein les gens du pays de Sumer et d’Accad. Grâce à ma Protectrice, ils ont prospéré ; je n’ai cessé de les gouverner dans la paix. Grâce à ma sagesse, je les ai abrités. » (Épilogue)


Je m’interroge : y a-t-il aujourd’hui beaucoup de chefs d’État en Orient qui peuvent tenir ces propos à leurs peuples ?

La démocratie à Athènes

Ce code inspira l’Orient ancien, la Grèce, Rome, l’Occident.

Certes, Hammourabi, grâce à son code, avait amélioré la gestion politique et civile de la société. Cependant le pouvoir restait aux mains d’un monarque. En Grèce, une nouvelle étape fut franchie. La démocratie, gouvernement du peuple, naquit au cinquième siècle avant notre ère, au milieu de crises et de luttes.

Clisthène (508-462 av. J.-C .) en posa les bases en 508. Il renversa les aristocrates, fit des réformes politiques, divisa en dèmes le territoire de l’Attique, y compris Athènes. Les décisions politiques, l’élaboration des lois furent prises désormais au vote majoritaire des citoyens mâles, tous égaux.

Le stratège Périclès (v. 495-429 av. J.-C.) avait une haute conception de la démocratie ; après 461, il fut l’auteur de grandes réformes. Le peuple était souverain, mais ne représentait qu’une classe sociale. Hélas, les femmes, les métèques, étrangers domiciliés en Grèce, les esclaves, jouissaient des droits civiques, mais non politiques et ne votaient pas.

Après la mort de Périclès, Aristote et Platon assistèrent au déclin démocratique. Pour ces penseurs, la cité juste était la République, que gouvernait le philosophe éclairé par son savoir. Mais les volontés de puissance et de jouissance brisaient la communauté. L’individualisme, le chacun pour soi dominaient et déformaient l’idéal de la démocratie qui tournait en médiocratie. Ces facteurs aboutissaient au déclin des institutions et des mœurs.

La Révolution française

Si l’on franchit les siècles, l’on arrive à la Renaissance, qui voulut promouvoir politiquement le peuple.

La Révolution française amena une nouvelle étape dans la formation de l’idée démocratique. La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, adoptée en 1789, s’inspira des doctrines des philosophes du XVIIIeme siècle, Montesquieu (1689-1755), Diderot (1713-1784), Voltaire (1694-1778), Rousseau (1712-1778 et affirme des principes à portée universelle.

Cette déclaration comportait un préambule de dix-sept articles qui énonçaient les « droits naturels et imprescriptibles de l’homme » : liberté d’opinion, d’expression, propriété, égalité devant la loi. Elle énonçait aussi les droits de la nation : souveraineté nationale, séparation des pouvoirs, législatif, exécutif judiciaire. Citons quelques articles majeurs.


Article I

Les hommes naissent libres et égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article II

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Article XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi.

Cette Déclaration brossait l’idéal d’une société démocratique.

Entre les principes de 1789 et leur application, la pratique fut parfois défaillante.

Aujourd’hui

Les vieux Mésopotamiens avaient organisé la vie de la cité et de l’empire, pour que les habitants vivent mieux et connaissent la prospérité et la paix.

Aujourd’hui, les Irakiens souhaitent vivre sous un régime démocratique et fédéral. Droit de vote et le choix des citoyens doivent être respectés.

Les citoyens, dans un régime démocratique, ont des droits mais aussi des devoirs : respect de l’État, de sa Constitution et de ses institutions. Règlement des conflits par le dialogue et non par la guerre. Tout n’est pas permis et l’intérêt général doit l’emporter sur les intérêts particuliers. La démocratie est une philosophie, un mode de vie et de pensée, une forme de gouvernement. Elle implique une éducation civique, un respect des lois.

La démocratie ressemble à une fleur fragile, vite fanée si l’on n’y prend garde. Elle doit respecter tous les peuples : Arabes, Kurdes, Turkmènes et le peuple connu sous le nom de Chaldéens,Assyriens, Suryans. Aucun de ces peuples ne doit s’estimer supérieur aux autres. Leur diversité culturelle et linguistique doit être considérée comme une richesse nationale. De même, les diverses religions implantées sur le sol mésopotamien depuis des siècles ou des millénaires, doivent être respectées, protégées, les fidèles exerçant librement leur foi.

Les Irakiens placent dans un État démocratique et fédéral leur espérance de paix, de sécurité et de vie meilleure. Ceci est mon grand souhait pour tous les fils du Pays du Tigre et de l’Euphrate.

Erbil-19-20 octobre 2005

mercredi 13 avril 2005

Les ruses de la chanteuse d'Édesse

Les Syriaques écrivirent de nombreuses chroniques, qui nous rapportent des événements lointains et précieux.

L’auteur

L’auteur, anonyme, était peut-être un religieux, syriaque occidental, qui vécut à l’époque des premières croisades. Il donne beaucoup de détails sur la ville d’Edesse, avec l’accent d’un témoin oculaire. Il est le contemporain des événements qui se déroulèrent de 1187 à 1237. Il se trouvait à Jérusalem en 1187, lors du siège de la ville par l’émir Salah al-Din.

La chronique

La Chronique de l’Edessénien anonyme fut composée après l’an 1237. Elle comprend deux sections.

La Chronique civile va jusqu’aux événements de 1234, mais devait à l’origine aller jusqu’à l’année 1237.

La Chronique ecclésiastique raconte l’histoire des patriarches jacobites. Très abîmée, elle se termine en 1204 et complète la Chronique de Michel le Syriaque. L’auteur affirme qu’il rédigea d’autres livres. Qui était-il ?

Nous avons choisi, dans la Chronique civile, une anecdote intéressante qui montre le sang-froid et l’héroïsme d’une femme d’Edesse au onzième siècle.

L’Edessénien anonyme se reporte à l’arrivée des Turcs seldjoukides. Dès 1055, événement capital, ils occupèrent Bagdad, dominèrent peu à peu la Mésopotamie, soumirent les princes arabes. Sous le règne du grand sultan Malik Shah (Abu‘-Fatah dans la chronique), ils progressèrent en Syrie, en Djézira, en Anatolie.

Lorsque mourut Malik Shah (1072 -1092 A.D.), dans la région perse du Khorasan, il laissa des enfants en bas âge.

Ses sujets, les gouverneurs de Syrie, gardèrent leurs villes et n’obéirent plus à personne. Ils en profitèrent pour se disputer les cités les uns aux autres.

Le général turc Buzan, détenait le pouvoir à Edesse, dont il s’était emparé en 1087. Il y avait nommé un chef grec, Thoros, fils de Hétoum. Buzan alla à Damas, fit la guerre au gouverneur Tutus. Il fut vaincu et fait prisonnier. Tutus dépêcha alors des soldats à Edesse pour prendre la ville, mais les habitants refusèrent de la lui livrer. Tutus, en colère contre Edesse, trancha la tête à Buzan et l’envoya avec le général Al-Firg, qui entra dans la citadelle et occupa la ville.

" Tutus avait donné ordre à Al-Firg de livrer Edesse au pillage de ses soldats, parce qu’on ne l’avait pas rendue dès le début. Quand Al--Firg était dans la citadelle de la ville, tous les jours ses officiers insistaient auprès de lui pour piller la ville, et lui les retenait de jour en jour. Un jour, il offrit un banquet dans la citadelle aux chefs de son armée. Il fit chercher tous les chanteurs de la ville et une chanteuse appelée Qira Gali, une chrétienne. Lorsque son coeur ( Al--Firg) fut égayé par le vin, les chefs de son armée s’approchèrent de lui et lui demandèrent d’accomplir sa promesse de piller la ville. Il leur fit serment que le lendemain il donnerait l’ordre de piller la ville. Il parlait en langue persane, mais la chanteuse comprit la conversation. Aussitôt elle imagina une ruse astucieuse : elle se mit à geindre d’un mal d’estomac. Ils lui demandèrent ce qu’elle désirait qu’on lui apportât. Mais elle leur dit qu’elle avait l’habitude de ce mal et que lorsqu’il la prenait rien ne la soulageait que le bain. Alors ils lui permirent d’aller au bain. Descendant de la citadelle, elle alla tout de suite chez Théodore fils de Hétom et l’informa de cette affaire. Alors il lui dit : "ô femme, le sang de toute la ville est entre tes mains. Vois comment tu sauveras la ville." Il lui donna sa propre bague; quand celle-ci touchait n’importe quelle nourriture ou boisson, elle tuait instantanément. Elle prit donc la bague et remonta à la citadelle, comme si son mal s’était calmé. Les invités s’en réjouirent. Dans cette allégresse, elle se leva pour danser, prit une coupe de vin et dansa d’une façon lascive. Elle trempa la bague dans la coupe après la danse, s’avança et la présenta à Al-Firg. L’ayant bu, il se mit à se plaindre de son estomac. Elle lui dit : "Seigneur, hâtez-vous d’aller au bain; car moi c’est au bain que j’ai été délivrée de mon mal." Il descendit au bain; elle lui ôta ses vêtements et entra avec lui. Une fois entré dans la demeure intérieure, il rendit aussitôt l’âme. Elle sortit, disant aux énuques et serviteurs qui se tenaient à la porte : "Le roi dort, gardez-vous de le déranger." (II, P. 38-39)


Les soldats turcs coururent aux bains, trouvèrent leur commandant mort et prièrent les habitants de les laisser sortir sains et saufs de la ville. Ceux qui restaient dans la citadelle envoyèrent informer Tutus de Damas de ce qui était arrivé. Tutus, qui se préparait à venir à Edesse avec ses troupes, tomba malade et mourut. Théodore, fils de Hétom, acheta alors la citadelle au chef des Turcs qui s’en alla.

Ainsi la cité d’Edesse fut sauvée par une femme courageuse, habile, comme une héroïne de la Bible. Judith, pour sauver la ville de Béthulie, séduisit le général de Nabuchodonosor, roi des Chaldéens, Holopherne et lui coupa la tête quand il fut ivre.(Le livre de Judith)

Edesse retourna aux Romains jusqu’à l’arrivée des croisés Francs. En 1097, après la disparition de Thoros, fils de Hétom, assassiné par ses sujets, les Francs en firent la capitale d’un comté.

Publication

Le manuscrit unique syriaque fut trouvé à Constantinople en 1899 par le patriarche syrien catholique Ignace Ephrem II Rahmani. Il datait peut-être de la fin du XIV e siècle.

-Publié par I. Rahmani

1904, le premier fascicule du texte.

1911, le deuxième fascicule.

-Publié par J.-B.Chabot, 1916, CSCO 81/Syr.36 et 82/Syr.37

Traduction

Traduction anglaise partielle, " The first and Second Crusades from an anonymous Syriac Chronicle" par A. S. Tritton, JRAS, 1933

La chronique de 1234, II, fut traduite en français par Albert Abouna, Louvain, CSCO, VOL.354, Tomus 154, 1974

Traduction arabe par A. Abouna, Bagdad, 1986.

Les Syriaques et leur roi


En rouge le Patriarcat de Bagdad, en vert les Métropoles.
(d'après Le Coz, Histoire de l'Eglise d'Orient)

Les Syriaques se plaignent parfois de n’avoir pas eu de rois à l’ère chrétienne. Ils en eurent un sous le règne des Mongols.


Le roi Mas’ud

Le roi Mas’ud vécut à l’époque des Mongols, tribus d’Asie Centrale, qui s’unirent sous la direction d’un chef exceptionnel Temûjin (Gengis Khan) en 1206 et se lancèrent dans une politique de conquêtes. A l’est, ils s’emparèrent de la Chine des Song et du Tibet. A l’ouest, ils prirent et saccagèrent Bagdad en 1258, mettant fin à la dynastie des califes arabes Abbassides. Ils fondèrent un immense empire qui s’étendait de la mer de Chine à l’Euphrate et à la Volga.

Les chrétiens de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie et d’Asie Mineure avaient attendu l’arrivée des Mongols, espérant une amélioration de leur condition.

Ils vécurent un grand changement : Ils n’étaient plus des “Dhimmi,” sujets de l’Islam, citoyens de second rang. Comme les fidèles des autres religions, ils se retrouvaient égaux en droit devant l’autorité du Roi des Rois, dans un Khanat où régnait la tolérance et où les communications se développaient, avec la Chine, avec l’Europe.

Les chrétiens de langue syriaque, nestoriens et jacobites, vécurent sous les premiers Il-khans de Perse une période paisible et florissante, élevant à nouveau leurs églises, leurs couvents, étendant leurs missions, accroissant leur production littéraire.


La chronographie

Pour raconter l’histoire du roi Mas’ud, nous nous inspirerons de “ The Chronography of Gregory Abu’l-Faradg. » , un médecin, un maphrien (primat pour les pays de l’Orient), un grand écrivain syriaque occidental, qui vécut à la cour des Mongols. Il fut connu des Européens sous le nom de Bar Hébraeus (1226-1286).

La chronographie, écrite en syriaque, va de la création du monde à l’invasion des Mongols. Elle se divise en deux parties, Chronicon syriacum, consacrée à l’histoire politique et civile des pays de l’Orient, et Chronicum ecclesiasticum qui traite de l’histoire des Patriarches de l’Église.


Les origines de Mas’ud

En 1276, sous le règne de l’Il-Khan de Perse ’Abaqa ( 1265-1282), arrière petit-fils de Gengis Khan, sortit du rang le célèbre gouverneur chrétien pour les Mongols, Mas’ud de Bar Qawta. C’était le fils d’un riche marchand qui décida un jour d’aller avec une caravane, visiter et saluer le Grand Khan Koubilai à Pékin

“En ce temps-là, le grand marchand chrétien A’lam al-Din Ya’qub partit dans l’intention de se mettre au service de Koubilai, le Grand Khan. Il était originaire de Bar Qawta, village du pays d’Erbil ” 1

A’lam al-Din Ya’qub était accompagné par tous ses fils et par l’émir ‘Ashmut, un grand homme respecté auprès de la tribu des Ouïgurs, qui menait une vie ascétique.

Au cours de son voyage, la mort frappa le marchand sur le territoire du Khorasan. L’émir ‘Ashmut décida alors d’écourter le voyage et d’aller rendre hommage à l’Il-Khan Abaqa

‘Ashmut prit les enfants [du commerçant] et les conduisit à Abaqa pour le servir. Celui-ci les accueillit avec bonté. Il nomma Mas’ud, le fils aîné, gouverneur civil de Mossoul et d’Erbil et l’émir ‘Ashmut fut nommé son administrateur.” (Chronography, P. 535 )


Le gouvernement de Mas’ud

Mas’ud gouverna, nous savons qu’il eut affaire aux Kurdes voisins des montagnes, qui depuis 1260, attaquaient parfois les villages chrétiens de la région. Le 7 juin 1277, ils firent un raid contre le couvent syrien occidental de Mar Matta, près de Mossoul, et enlevèrent des moines.

En 1278, les ennuis, les rivalités commencèrent. Le gouverneur fut calomnié par le persan Nasir al-Din Papa, l’ancien gouverneur de Mossoul nommé en 1266, qui l’accusait ainsi que le noble ‘Ashmut de détruire le pays de Mossoul. Les deux gouverneurs furent écartés du pouvoir après une commission d’enquête. Papa gouverna à leur place.

Mas’ud et le noble ‘Ashmut accusèrent Papa et ses juges de corruption. En 1280, ils allèrent chez Abaqa et lui demandèrent de rouvrir l’enquête qui dura un mois. Papa le traître fut exécuté en même temps qu’un persan Djalal al-Din Turan, le 8 août, sa tête exhibée à Mossoul.

“Ces gouverneurs chrétiens régirent de nouveau le pays de Mossoul et d’Erbil, et ils triomphèrent noblement. Ils acquirent une grande renommée ” (Chronography, P. 543)

Les parents des condamnés persans préparaient une attaque. Durant l’été 1281, ils accusèrent Mas’ud d’avoir volé l’argent de la famille de Djalal al-Din Turan. Le gouverneur, arrêté et torturé, promit de verser 500 0000 dariques. Ramené à Mossoul, il réussit à s’enfuir en cours de route. Son cousin Su’aydath fut torturé à mort.


Mas’ud, roi de Mossoul et de la région

Désireux de venger leur père, les fils de Djalal al-Din Turan, assassinèrent l’émir ‘Ashmut en l’an 1284 ( 1595 sél.), lors de l’accession au trône d’Arghun, le nouvel Il khan (1284-1291).

Quant à Mas’ud de Bar Qawta, il fut nommé roi de Mossoul et de ses environs par Arghun :

“En 1595, il nomma Mas’ud, fils de A’lam al-Din Ya’qub, roi pour Mossoul et sa région et tous les chrétiens se réjouirent. ” (Chronography, P. 554)

Le 17 juin 1286, 4 000 brigands et 300 cavaliers mamelouks arrivèrent devant Mossoul, après avoir ravagé la contrée et pillé le couvent de Mar Matta. Le roi Mas’ud s’enfuit devant eux, et se réfugia dans la citadelle. Les habitants de religion musulmane, trop confiants, laissèrent entrer dans la ville leurs coreligionnaires.

Les chrétiens, effrayés, s’étaient réfugiés avec leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux, dans la demeure maison d’un généreux notable, le naqib des Alides, l’une des factions musulmanes. Les maraudeurs, avertis, se dirigèrent vers la maison, ils escaladèrent les murs, violentèrent les femmes et les filles, pillèrent musulmans et chrétiens. Ils pillèrent encore les quartiers commerciaux et celui des Juifs. Ils emmenèrent en partant 500 esclaves.

Mas’ud n’avait pu empêcher ce pillage.


La fin de Mas’ud

L’histoire de Mas’ud finit mal.

Le roi de Mossoul ne fit pas un bon choix en soutenant, en 1289, Boqa, le trésorier d’Arghun. Ce dernier avait sauvé, sous le règne du roi des rois précédent, Tegüder Ahmed, la vie d’Arghun, qui dès son accession l’avait nommé Grand Émir. Mas’ud n’adressait ses salutations qu’à Boqa, n’obéissait qu’à lui. Il croyait que le Grand Émir était supérieur à tout le monde.

Boqa, en effet, se montrait hautain, impitoyable, il se faisait des ennemis des autres émirs. Accusé de complot contre Arghun, il s’enfuit. Repris, il fut exécuté le 14 janvier 1289. sa chute entraîna celle de Mas’ud.

Les Mongols demandèrent au roi chrétien de Mossoul dix myriades d’or. Malade, il céda et versa la somme. Il fut alors amené à Erbil et mis à mort le 4 avril 1289. Ses parents furent pourchassés. Sa royauté avait duré cinq ans.

Un Arménien fut nommé à sa place gouverneur de Mossoul.


Les rois mongols

Hulagu (1256-1265).

‘Abaqa (1265-1282).

Tekûder ‘Ahmâd (1282-1284).

‘Arghun.( 1284-1291).

Bibliographie

Chronicon syriacum : Editions en Syriaque

-Bar-Hebraei, Chronicon syriacum, publiée par P.J. Bruns et G.G. Kirsch, 2 volumes. Leipzig, 1789.

-Gregorii Barhebraei, Chronicon syriacum, éditée par Paulus Bedjan, Maisonneuve, Paris, 1890.

Edition vocalisée et notée en syriaque (sans traduction), Paris, 1890

-E.A.Wallis Budge, “ The Chronography of Gregory Abu’l-Faraj, 1225-1286, 2 vol, II (fac similé du texte), Londres, 1932, reimpr. Amsterdam, 1976.

-Réédition du texte syriaque, Julius Y.Ciçek, Losser, Hollande.



Traductions

-P.J. Bruns et G.G. Kirsch, Chronicon syriacum, traduction en latin, Leipzig, 1789.

- E.A.Wallis Budge, “ The Chronography of Gregory Abu’l-Faraj, 1225-1286, 2 vol., I (traduction anglaise), Londres, 1932, reimpr. Amsterdam, 1976.

-Chronicon syriacum, traduction du syriaque en arabe, faite par Ishaq Armaleh, éditée dans les numéros des années 1949-1956 de la revue el-Machreq de Beyrouth.

La même traduction arabe rassemblée en un volume, éditée par Dar el-Machriq, Beyrouth, 1986.


1 Ernest A. Wallis Budge, The Chronography of Gregory Abû’l-Faraj, 1225-1286, known as Bar Hebraeus, translated from the Syriac into English, London, 1932, Apa-Philo Press, Amsterdam, 1976. P. 535. Traduction fr. E.-I.YOUSIF.

samedi 14 août 2004

The Fate of Assyrian-Chaldeans

Assyrians-Chaldeans in the 19th century



Historical and political frame

In the XIXth century, Assyrians-Chaldeans, poor and humble, lived within the Ottoman empire, as Sultan of Constantinople’s subjetcs.

In 1839, Sultan Abdul-Medjid I, who reigned until 1861, promulgated an imperial chart, the Hatt-i-Chérîf, which opened an era of administrative, financial, judiciary reforms, the Tanzimat. All the subjects within the empire became equals All the subjects of the empire became equal, without distinction of nationality or religion. But things changed slowly in Northern mountains. Within Kurdish masses, Christian « Nestorian » population, were divided into seven independent tribes the ashiret. Beside the people of these tribes which paid few (or not) taxes to the sultan of Constantinople, lived the rayas, a population submitted to the Turkish or Kurdish chiefs. They were sometimes obliged to heavy work, overpowered by royalties, and reduced to a serfdom condition.

On the political field, Assyro-Chaldéens did not have the right to have political parties. No public schools nor universities, only reigned ignorance. Let us stress the ambiguous game played by the Western States, which created like strongholds “to protect Eastern Christians”… but they did not protect anything. They obtained rights of capitation.



Jacobit and Nestorian churches divided in two parts


The union of the Jacobit church with Rome became effective in 1783, thanks to the election of Michel Garoué. Thus was created the catholic Syrian church, which took a final form at the XIXème century.

The orthodoxe Jacobit church persisted, because a bishop refused to link himself in Rome. The Chaldean patriarch of Babylon, Jean Hormez joined in Rome in 1830, thus creating the branch of the contemporary Chaldean church.

Syriacs are coveted by various missionaries

Dominicans worked in Mesopotamia and in Mosul since 1750, two preaching friars arrived in Mosul in 1759, Dominicans founded the house of Amadia in 1840; the mission set out again, and at the end of the century, there were six houses of missionaries, in Mosul, Mar Yacoub, Amadia, Van, Seert, Jezireh.

Lazarists worked in Persia, since 1840, and opened a house in the village of Khosrawa (district of Salamas), then in Urmiah in 1870. Catholicism spred in about sixty villages.

Orthodox Russians contacted the Assyrians of ' Azerbaidjan and Hakkâri in 1859. A mission was installed in Urmiah and developed, especially since 1898 and met a sharp success. The Nestorian bishop converted with orthodoxy in 1898, followed by thousands of followers.

Anglicans: the first contacts were made in 1835. In 1842 Doctor Percy G Badger arrived at Kotchanès to help the Nestorian patriarch. In 1881, the mission was established in Hakkâri. Later, they created schools, as in Urmiah.

The American Protestants arrived in 1834, they founded a mission in Urmiah. In 1855, people saw the first Protestants Assyrian-Chaldeans. The mission developed since 1870 thanks to the Presbyterians. They founded a hundred of schools, printed books, trained pastors. They published a newspaper, Zahrira d' Bara (ray of light)



Exactions and massacres



Assyro-Chaldéens underwent exactions, massacres, in 1826, in 1843, in 1895.

Mohammed Pasha, of Soran, known as Mîr Kôr, the one-eyed prince, reigned in 1826, proclaimed his independence facing the Othoman Empire. He wanted to conquer Kurdistan, seized the area, the plains of Mosul, the regions of Akra, Amadia.

On March 15, 1832, the cruel sultan launched a raid, devastated the village of Alqosh where 367 people were killed, went to the monastery of Rabban Hormuz, burned the convent. Gabriel Dambo, and two monks perished. The villages of Tell-Kaif, Tell-Esqof, were also devastated.

The plague prevails in Alqoche in 1828, there were 700 died.

In 1833, Mohammed Pasha returned in the area of Akra and of Amadia, he made pass the Christian villages of Erbil and Aînkawa by many vicissitudes. At the end of May 1833, its army had established its authority on the whole of Kurdistan located at the north of Iraq until Jazira ibn ` Omar. The one-eyed pasha conquered Iranian Kurdistan, still devastated the Tur ` Abdin, but he had to go to the Turkish authorities. He was assassinated in Trebizond by Sultan’s men in 1837.

In 1843-1847, Bedir Khan, the Kurdish fanatic emir of Bothan, invaded the territory of Tiyari, massacred more than 10 000 inhabitants, reduced in slavery a great number of women and children, set fire to their villages. The emir crossed the Tiyari mounts later, walked on the district of Tkhoma, and organized a general carnage there.

The Armenian movement, which developed since 1890, caused the hostility of the Moslems. The rebellion of Sassoun, badly prepared, showed dreadful massacres. In 1895-96, in the vilayet of Bitlis, in the south of Sassoun, Diyarbakir, there were three days of slaughters, the 1, 2 November 3, 1895. A lot of Syriac, were killed.
In Urfa, the next year, 6000 people perished.

Syriac villages were devastated in the area of Tur' Abdin.


Assyrian-Chaldeans at the beginning of the XXth century:


On November 1st 1914, Turkey engaged in the First World War at the sides of Germany and Austria-Hungary. It was decided to fight the Franco-English Agreement and its allies. Assyrian-Chaldeans lived in the Othoman Empire, and more particularly in the vilayet of Diyarbakir, in the vilayet of Mosul, Sandjak de Hakkâri which depended on the vilayet of Van.


The Kurds were established in the same areas. Assyrian-Chaldeans (Nestorians) of Hakkâri were let allure by the vague promises of the Allies, they left their villages to take part in the world war in May 1915.


From Diyarbakir, Bitlis, Van, Harpout

The Othomans occupied Urmia in January 1915. Thereafter, thousand Assyrians-Chaldeans were assassinated in the surrounding plain, and their villages plundered. The city was not released before May 24th by the Russians.

The latter had driven out the Turks of Van, five days before. Jeudet Bey, the military governor of Van, was constrained by the Russians to leave the city, and fled towards Seert, in the south. He penetrated in the city with 8000 soldiers and ordered the massacre of many Christians


The Chaldean archbishop Addai Scher, a great erudite and orientalist, had a friend who was Osman, the agha of Tanzé, a village located at a few hours of Séert. He was the chief of the Hadide and Atamissa tribe. Osman suggested that the archbishop disguised in Kurdish and fled, led by some of his men. Addai Scher hid several days in the Kurdish chief’s house. Turkish gendarmes launched out to his track, burnt Osman’s house, threatening it to kill him and his family. Osman fled with his people. The gendarmes discovered the archbishop in his hiding place and killed him, on June 15, 1915.


In July, more than thousand womn and chikldren were displaced. Les villages alentour connurent un sort dramatique.

From spring to autumn 1915, the Othoman troops, supported by the governor of Mosul’s soldiers, pursued the Assyrian tribes of Hakkâri, which fled through valleys and mountains.

Assyrians-Chaldeans and Western Syriacs of the vilayet of Diyarbakir knew the deportations or the horror of massacres. In Diyarbakir, as in August 1914, 1687 shops of Christians were plundered and burned. On September 6, the whole city was attacked by Othoman soldiers and Hamidiyés regiments. Christians were arrested, assigned to the construction of the roads then massacred by Turkish gendarmes.

Since April 16, 1915, Armenian notables were under arrest, then Orthodox Syriacs, the Catholic Syrians and Chaldeans. Some of them were burnt alive. There were attempts to force people to convert. Convents, churches, goods of Christians were confiscated.

In the vilayet of Diyarbakir, there was, according to the Father Rhétoré, a French Dominican ho was witness of the events, 144 185 killed, disappeared, and among them, 10 010 Chaldeans. According to another Dominican witness, Father Simon, 157 200 Christians were killed.

Repression extended on the Christians from Mardin. At the beginning of May, notables were executed at the gates of the city. A few days later, Christians of all confessions were arrested. The Christian villages of the surroundings of Mardin were also attacked, plundered by troops of soldiers and Kurds. In the sanjak of Mardin, 74 675 were killed and disappeared, with 6800 catholic Chaldeans.


Tour' Abdin had its share of massacres. It was persecuted at the beginning of the summer 1915 then during the year 1917.


In the city of Jazireh, in May 1915, they arrested notable also. The catholic Syrian bishop, the Chaldeans’ one, Mar Yacoub was imprisonned with his priests, then sent out of the city. The women were dishonoured and sold like slaves. Two hundred and fifty Chaldeans and hundred Syriacs perished. In the surroundings, Jacobit villages and 15 Chaldean villages were destroyed.
In Nisibe, since on June 14, 1915, the Christian district was attacked by troops which massacred men. On 28, the women perished in the Saint-Jacob church. More than thousand Christians were killed and their villages destroyed.

At spring 1915, convoys of women, children, old men deportees, arrived at Urfa, the men having been already massacred. According to the same scenario, the notables of the city were arrested, thrown in prison, beaten and their houses searched. When an Armenian district revolted, twenty thousand people perished.

It is true also that in Bohtan, some Kurdish muslims, tried with courage to save their Christian neighbors, threatened by Turkish soldiers.


Assyrians-Chaldeans and Western Syriacs of Mosul vilayet


Fortunately, the vilayet of Mosul was relatively saved, thanks to the intervention of the Chaldean patriarch Joseph Emmanuel II Thomas (1900-1947) near the vali Heyder Pasha which did not support really the anti-Christian movement. The majority of the Kurdish aghas of this province refused to displace the men and to plunder the houses.



The end of the war


The Assyrians constituted in 1916, an army of twenty-five thousand soldiers who illustrated themselves at the sides of Russians, on the Caucasus front. In 1917, after the Bolshevik revolution, like the Assyrians felt abandoned, they joined the British lines. Some engaged like auxiliaries in the battalions under, to help the English on the Persian Front.

From February to July 1918, in Urmia and Salmas, there were riots and massacres. The Assyrians knew a tragic exodus. They were tracked, harassed by Turkish soldiers and irregular Kurdish fighters, decimated by diseases, typhus, cholera, variola. Fifty thousand of them died on the burned sun roads. Fifty thousand arrived in Hamadan at 480 kilometers. The English directed them towards the camp of Bakouba, in the north of Baghdad.



Assyrians-Chaldeans under Britton Mandate


Brittons took from Othoman empires the vilayets of Bassora and Baghdad. On March 11, 1917, General Stanley Maud seized Baghdad and on October 10, 1918, the Marshall General entered in Mosul, and took the control of the city.

On April 25, 1920, the conference of San Remo gave to Great Britain the mandates on Palestine, Transjordanie and Iraq. The vilayet of Mosul was under French influence since the agreements concluded in May 1916 by Sykes, the British Minister for the Foreign Affairs and Picot, a French diplomat. It had to remain within the borders of Iraq, placed under British domination. France, on the other hand, intended to receive 25% of the oil rights of the area of Mosul, which contained rich person layers.

On August 10, 1920, the Treaty of Sevres devoted the dismemberment of the Othoman Empire. It envisaged the creation of an independent Kurdish State, placed under the mandate of the League of Nations. It granted to Assyrians-Chaldeans a protection, within the framework of an autonomous Kurdistan, without speaking about a creation of a State.


Iraq, made up of two provinces, Baghdad and Bassora, became in 1921 a kingdom given to Emir Fayçal, Husein Hashemi ‘son, the sherif of Mecca.

The events precipitated. In Turkey, Mustafa Kemal abolished the caliphate, created a laic Republic, and contested the Treaty of Sevres.

On July 24, 1923, a new treaty, the Treaty of Lausanne, recognized to Turkey the right of being free nation with stable borders. It was unjust for the Kurds, the Armenians, Assyrians-Chaldeans, considered as simple minorities to be protected, which did not obtain any autonomy and wondered about their future.

The question of the borders with Iraq was not solved.

On December 16, 1925, the League of Nations decided that the vilayet of Mosul would be joined to Iraq, and mounts of Hakkâri, attached to Turkey. The Assyrians, which had engaged in the war on the side of the Allies, could not return any more in their villages. They had asked their own territory. Allies had forgotten their promise.

jeudi 5 août 2004

Le Destin des Assyro-Chaldéens




Les Assyro-Chaldéens au dix-neuvième siècle



Le cadre historique et politique

Au dix-neuvième siècle, les Assyro-Chaldéens, pauvres, modestes, vivaient au sein de l’Empire ottoman, soumis au sultan de Constantinople.

En 1839, le sultan Abdul-Medjid I, qui devait régner jusqu’en 1861, promulgua une charte impériale, le Hatt-i-Chérîf, qui ouvrait une ère de réformes administratives, financières, judiciaires, le Tanzimat. Tous les sujets de l’empire devenaient égaux, sans distinction de nationalité ou de religion. Les choses bougèrent peu dans les montagnes du Nord. Au sein de la masse kurde, les populations chrétiennes, « nestoriennes », étaient réparties en sept tribus indépendantes, les achiret. À côté des gens de ces tribus qui payaient peu ou pas d’impôts au sultan de Constantinople, vivaient les raya, populations soumises aux chefs turcs ou kurdes. Elles étaient parfois astreintes à des travaux pénibles, écrasées de redevances, réduites au servage.

Sur le plan politique, les Assyro-Chaldéens n’eurent pas le droit d’avoir des partis politiques. Pas d’écoles publiques, d’universités, régnait l’ignorance.

Signalons le rôle ambigu joué par les États occidentaux, qui créèrent comme des fiefs pour protéger les chrétiens de l’Orient, mais ils ne protégèrent rien. Ils obtinrent des droits de capitation.



Les églises jacobites et nestoriennes divisées en deux

L’union de l’église jacobite avec Rome devint définitive en 1783, grâce à l’élection de Michel Garoué. Ainsi fut créée l’église syrienne catholique qui prit une forme définitive au XIXème siècle.

L’église jacobite orthodoxe persista, car un évêque refusa de s’unir à Rome.

Le patriarche chaldéen de Babylone, Jean Hormez se rallia à Rome en 1830, créant ainsi la branche de l’église chaldéenne d’aujourd’hui.


Les Syriaques convoités par divers missionnaires

Les dominicains oeuvrèrent en Mésopotamie et à Mossoul dès 1750, deux frères prêcheurs arrivèrent à Mossoul, en 1759, les dominicains créèrent la maison d’Amadia en 1840 ; la mission repartit, et à la fin du siècle, il y avait six maisons de missionnaires, à Mossoul, Mar Yacoub, Amadia, Van, Séert, Djézireh.

Les lazaristes travaillèrent en perse, dès 1840, et ouvrirent une maison dans le village de Khosrawa, district de Salamas, puis à Ourmiah en 1870. Le catholicisme rayonna dans une soixantaine de villages.

Les orthodoxes russes prirent contact avec les Assyriens d’’Azerbaidjan et d’Hakkâri en 1859. Une mission fut installée à Ourmiah et se développa, surtout à partir de 1898 et rencontra un vif succès. L’évêque nestorien se convertit à l’orthodoxie en 1898, suivi par des milliers d’adeptes.

Les anglicans : les premiers contacts furent pris en 1835. De 1842 le docteur Percy G. Badger arriva à Kotchanès pour aider le patriarche nestorien. En 1881, la mission s’établit au Hakkâri. Plus tard, ils créèrent des écoles, comme à Ourmiah.

Les protestants américains arrivèrent en 1834, ils fondèrent une mission à Ourmiah. En 1855, on vit les premiers Assyro-Chaldéens protestants. La mission se développa dés 1870 grâce aux presbytériens. Ils fondèrent une centaine d’écoles, imprimèrent des livres, formèrent des pasteurs. Ils publièrent un journal, Zahrira d’Bara (rayon de lumière)


Exactions et massacres


Les Assyro-Chaldéens subirent des exactions, des massacres, en 1826, en 1843, en 1895.

Mohammed Pacha, de Soran, dit Mîr Kôr, le prince borgne, régna en 1826, proclama son indépendance par rapport à l’Empire ottoman. Il voulut conquérir le Kurdistan, s’empara de la région, des plaines de Mossoul, des contrées d’Akra, d’Amadia.

Le 15 mars 1832, le dur sultan lança un raid, ravagea le village d’Alqoche où 367 personnes furent tuées, il alla jusqu’au monastère de Rabban Hormuz, brûla le couvent. Gabriel Dambo, et deux moines périrent. Les villages de Tell-Kaif, Tell-Esqof, furent aussi ravagés.

La peste sévit à Alqoche en 1828, il y eut 700 morts.

En 1833, Mohammed Pacha revint dans la région d’Akra et d’Amadia, il fit passer les villages chrétiens d’Erbil et Aînkawa par bien des vicissitudes.

Fin mai 1833, son armée avait établi son autorité sur l’ensemble du Kurdistan situé au nord de l’Irak jusqu’à Djézira ibn ‘Omar. Le pacha borgne conquit le Kurdistan iranien, ravagea encore le Tour ‘Abdin, mais il dut se rendre aux autorités turques. Il fut assassiné à Trébizonde par les hommes du sultan en 1837.

En 1843-1847, Béder Khan, l’émir kurde, fanatique du Bothan, envahit le territoire des Tiyari, massacra plus de 10 000 habitants, réduisit en esclavage un grand nombre de femmes et d’enfants, incendia leurs villages. L’émir franchit plus tard les monts Tiyari, marcha sur le district du Tkhoma, et y organisa un carnage général.

Le mouvement arménien, qui se développa à partir de 1890, provoqua l’hostilité des musulmans. La rébellion de Sassoun, mal préparée, se solda par d’affreux massacres. En 1895-96, dans le vilayet de Bitlis, au sud de Sassoun, à Diyarbakir, il y eut trois jours de tueries, le 1, 2 3 novembre 1895. Des Syriaques, en bon nombre, furent tués.

A Urfa, l’année suivante périrent 6000 personnes.

Des villages syriaques furent dévastés dans la région de Tour’Abdin.



Les Assyro-Chaldéens au début du vingtième siècle


Le premier novembre 1914, la Turquie s’engagea dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Elle était décidée à combattre l’Entente franco-anglaise et ses alliés.

Les Assyro-Chaldéens vivaient dans l’Empire ottoman, et plus particulièrement dans le vilayet de Diyarbakir, dans le vilayet de Mossoul, dans le Sandjak de Hakkâri qui dépendait du vilayet de Van.

Les Kurdes étaient établis dans les mêmes régions.

Les Assyro-Chaldéens (nestoriens) du Hakkâri se laissèrent séduire par les vagues promesses des Alliés, ils quittèrent leurs villages pour prendre part au conflit mondial en mai 1915.


Les Assyro-Chaldéens des vilayets orientaux :

de Diyarbakir, Bitlis, Van, Harpout :

Les Ottomans occupèrent Ourmia en janvier 1915. Par la suite, mille Assyro-Chaldéens furent assassinés dans la plaine environnante, leurs villages pillés. La ville ne fut libérée que le 24 mai par les Russes.

Ces derniers avaient chassé les Turcs de Van cinq jours auparavant. Djeudet Bey, gouverneur militaire de Van, contraint par les Russes de quitter la ville, s’enfuit vers Séert, au sud, et pénétra dans la cité avec 8000 soldats. Il ordonna le massacre des nombreux chrétiens.

L’archevêque chaldéen Addai Scher, grand savant, orientaliste, avait pour ami Osman, l’agha de Tanzé, un village situé à quelques heures de Séert. C’était le chef de la tribu « Hadidé » et des « Atamissa ». Osman suggéra à l’archevêque de se déguiser en Kurde et de fuir, sous la conduite de quelques-uns de ses hommes. Addai Scher se cacha plusieurs jours chez le chef kurde. Les gendarmes turcs se lancèrent à sa poursuite, mirent le feu à la maison d’Osman, menaçant de le faire passer de vie à trépas, lui et les siens. Celui-ci s’enfuit avec sa famille. Les gendarmes découvrirent l’archevêque dans sa planque et le tuèrent, le 15 juin 1915.

En juillet, plus de mille femmes et enfants furent déportés. Les villages alentour connurent un sort dramatique.

Du printemps à l’automne 1915, les troupes ottomanes, soutenues par les soldats du gouverneur de Mossoul, pourchassèrent les tribus assyriennes du Hakkâri, qui fuirent à travers vallées et montagnes.

Les Assyro-Chaldéens et les Syriaques occidentaux du vilayet de Diyarbakir connurent les déportations ou l’horreur des massacres.

À Diyarbakir, dès août 1914, 1687 boutiques de chrétiens furent pillées, brûlées. Le 6 septembre, la ville entière fut assaillie par des soldats ottomans et des régiments hamidiés. Des chrétiens furent arrêtés, affectés à la construction des routes puis massacrés par les gendarmes turcs.

Dès le 16 avril 1915, l’on arrêta les notables arméniens, puis les Syriaques orthodoxes, les Syriens catholiques et les Chaldéens. Certains furent brûlés vifs. Il y eut des tentatives de conversions forcées à l’islam. Couvents, églises, biens des chrétiens furent confisqués.

Dans le vilayet de Diyarbakir, il y eut d’après le père Rhétoré, un dominicain français, témoin des événements, 144 185 tués, disparus, et parmi eux, 10 010 Chaldéens. Selon un autre témoin dominicain, le père Simon, 157 200 chrétiens perdirent la vie.

La répression s’étendit sur les chrétiens de Mardin. Au début mai, des notables furent mis à mort à la sortie de la ville. Quelques jours plus tard, des chrétiens de toutes confessions furent arrêtés. Les villages chrétiens des environs de Mardin furent aussi attaqués, pillés par des troupes de soldats et de Kurdes.

Dans le sandjak de Mardin, l’on compta 74 675 tués et disparus, et 6800 Chaldéens catholiques.

Le Tour’Abdin eut sa part de massacres. Il fut mis à mal au début de l’été 1915 puis dans le cours de l’année 1917.

Dans la ville de Djézireh, en mai 1915, on arrêta aussi les notables. L’évêque syrien catholique, celui des chaldéens, Mar Yacoub avec ses prêtres, furent mis en prison, puis supprimés, hors de la ville. Les femmes furent déshonorées et vendues comme esclaves. Deux cent cinquante Chaldéens et cent Syriaques périrent. Dans les environs, des villages jacobites et 15 villages chaldéens furent anéantis.

À Nisibe, dés le 14 juin 1915, le quartier chrétien fut attaqué par les troupes, les hommes massacrés. Le 28, les femmes périrent dans l’église Saint-Jacques. Plus de mille chrétiens furent abattus et des villages détruits.

Au printemps 1915, des convois de déportés composés de femmes, d’enfants, de vieillards, arrivèrent à Urfa, les hommes ayant été massacrés. Selon le même scénario, des notables de la ville furent arrêtés, jetés en prison, roués de coups, leurs maisons perquisitionnées. Lors de la révolte arménienne d’un quartier, vingt-mille personnes périrent.

Il est vrai aussi que dans le Bohtan, des Kurdes, musulmans, tentèrent avec courage de sauver leurs voisins chrétiens, menacés par des soldats turcs.


Les Assyro-Chaldéens et les Syriaques occidentaux du vilayet de Mossoul

Heureusement, le vilayet de Mossoul fut relativement épargné, grâce à l’intervention du patriarche chaldéen Joseph Emmanuel II Thomas (1900-1947) auprès du vali Heyder Pacha qui ne soutenait pas vraiment le mouvement anti-chrétien. La plupart des aghas kurdes de cette province refusèrent de supprimer les hommes et de piller les maisons.


La fin de la guerre

Les Assyriens constituèrent en 1916 une armée de vingt-cinq mille soldats qui s’illustrèrent aux côtés des Russes, sur le front du Caucase.

En 1917, après la révolution bolchevique, comme les Assyriens se sentaient abandonnés, ils rejoignirent les lignes britanniques. Quelques-uns s’engagèrent comme auxiliaires dans les bataillons sous, pour aider les Anglais sur le front, en Perse.

De février à juillet 1918, à Ourmia et à Salmas, il y eut des émeutes, des massacres. Les Assyriens connurent un exode tragique. Ils furent poursuivis, harcelés par les soldats turcs et les irréguliers kurdes, décimés par les maladies, typhus, choléra, variole. Cinquante mille d’entre eux trouvèrent la mort sur les routes brûlées de soleil. Cinquante mille parvinrent à Hamadan, à 480 kilomètres. Les Anglais les dirigèrent vers le camp de Bakouba, au nord de Bagdad.


Les Assyro-Chaldéens sous le Mandat britannique


Les Anglais avaient ôté aux Ottomans les vilayets de Bassora et de Bagdad.

Le 11 mars 1917, le général Stanley Maud s’empara de Bagdad et le 10 octobre 1918, le général Marshall entra dans Mossoul, et prit le contrôle de la ville.

Le 25 avril 1920, la conférence de San Remo donna à la Grande-Bretagne les mandats sur la Palestine, la Transjordanie et l’Irak. Le vilayet de Mossoul était sous influence française depuis les accords conclus en mai 1916 par Sykes, ministre britannique des Affaires étrangères et Picot, diplomate français. Il devait rester dans les frontières de l’Irak, placé sous domination britannique. La France, en contrepartie, comptait recevoir 25% des droits pétroliers de la région de Mossoul, qui contenait de riches gisements.

Le 10 août 1920, le traité de Sèvres consacra le démembrement de l’Empire ottoman. Il prévoyait la création d’un État kurde indépendant, placé sous le mandat de la Société des Nations. Il accordait aux Assyro-Chaldéens une protection, dans le cadre d’un Kurdistan autonome, sans parler de création d’État.

L’Irak, constitué de deux provinces, Bagdad et Bassora, devint en 1921 un royaume que l’on confia à l ‘émir Fayçal, fils de Hussein le Hachémite, le chérif de la Mecque.

Les événements se précipitèrent. En Turquie, Mustafa Kemal supprima le califat, créa une République laïque, remit en question le Traité de Sèvres.

Le 24 juillet 1923, un nouveau traité, le Traité de Lausanne, reconnut à la Turquie les droits d’une nation libre, des frontières stables. Il était injuste pour les Kurdes, les Arméniens, les Assyro-Chaldéens, simples minorités à protéger, qui n’obtinrent aucune autonomie et s’interrogèrent sur leur avenir.


La question des frontières avec l’Irak n’était pas résolue

Le 16 décembre 1925, la Société des Nations décida que le vilayet de Mossoul serait relié à l’Irak, et les monts du Hakkâri, rattachés à la Turquie. Les Assyriens, qui s’étaient engagés dans la guerre du côté des Alliés, ne pouvaient plus rentrer dans leurs villages. Ils avaient demandé un territoire national. Alliés avaient oublié leur promesse à leur égard.



Festival ASHARIDU, Conférence : 5 -8 -2004 Suède

mardi 13 juillet 2004

Une chronique mésopotamienne


UNE CHRONIQUE MÉSOPOTAMIENNE (1830-1976)

Ephrem-Isa Yousif
Peuples et cultures de l'Orient


L'auteur choisit de relater, dans cette chronique, les années qui courent de 1830 à 1976. Il nous retrace l'histoire des événements politiques, sociaux et religieux qui se produisent en Mésopotamie, une histoire ponctuée de conflits, de coups d'Etat, de joies et de malheurs. Du haut de leur village assyro-chaldéen du nord, Sanate, trois générations de montagnards observent le flux et le reflux de l'histoire: la grand-mère, le père et le fils. Ils rapportent les faits selon leur sensibilité et donnent une vision originale de la vie et du monde.


ISBN : 2-7475-6556-4 • juillet 2004 • 240 pages

mercredi 14 avril 2004

Dicle ve Fırat’ın Destanı

Dicle ve Fırat’ın Destanı


Ephrem-Isa Yousif, bizi Antik Mezopotamya’nın ve bize paha biçilmez bir ortak mal bırakan, insanlığın kaderini değiştiren uygarlıkların keşfine doğru bir yolculuğa çıkarıyor. Evreni yeni bir bakış açısıyla gören olağanüstü yaratıcılar olan Sümerlilerle temasa geçmemizi sağlıyor. Sümerliler ilk şehirleri icat ettiler, devletler kurdular. Akadlılar onların yerine geldiler; ardından Babilliler, Asurlular Mezopotamya’nın yüzünü şekillendirmeye devam ettiler. Astronomi, astroloji, matematik ve hukuk gelişti. Mutemetleri olduğumuz bu ülkenin mirası, sadece harabeler ya da müze vitrinlerindeki nesnelerle sınırlı kalmaz. Duyarlılığımızı, hayal gücümüzü uyandırır, kendimizi daha iyi tanımamızı ve tanımlamamızı sağlar.