dimanche 17 avril 2011

L' araméen


J'ai le plaisir de donner une conférence ayant pour thème " La langue Araméenne : passé, présent et futur " le samedi 16 avril 2011 à Gonesse. salle des Tulipes, rue Maurice Ravel
Ephrem Isa YOUSIF 

Voici le texte:


L’araméen


Parmi les langues prestigieuses que l’humanité développa au cours de son histoire, figure la langue araméenne.
       

Première période : Araméen classique

     Les Araméens, nomades sémites du nord du désert de Syrie, s’étaient répandus dans tout le Proche-Orient au début du premier millénaire avant notre ère, formant de petits royaumes, comme en Syrie.  Dans une inscription royale du roi d’Assyrie Téglath-Phalasar I, datée de 1110 av.J.-C., les Aklamu qualifiés d’araméens sont mentionnés.
     Les Araméens adoptèrent au XI° siècle les 22 signes de l’alphabet phénicien pour noter leur langue qui se propagea en Orient Ancien et prédomina grâce aussi aux marchands babyloniens.  Cette langue des échanges, de la diplomatie et de la culture devint Lingua franca. Elle se répandit à l’intérieur des empires néo-babylonien et néo-assyrien. Au huitième siècle, les petits royaumes araméens furent soumis par le roi assyrien Téglath-Phalasar III (745-727 av. J.-C.) et déportés en masse, ce qui concourut à la diffusion de leur langue. 
     Durant la dernière période de l’empire assyrien, l’araméen fut accepté par les Assyriens comme seconde langue à côté de l’akkadien, qu’elle supplanta en partie.  L’on a trouvé des papyrus et des tablettes d’argile rédigés en araméen.
     Les plus anciens documents en écriture araméenne, provenant du nord de la Syrie, datent du neuvième siècle avant l’ère chrétienne : Inscriptions royales, traités diplomatiques, comme sur la statue de Hadad-yis’i à tell Fekheriye, légendes de sceaux, textes religieux à Neirab, en Syrie du nord. Après les conquêtes de Cyrus, la langue araméenne devint la langue officielle de l’empire achéménide (539-330 avant J.-C.), et se répandit fortement en Mésopotamie, en Anatolie, en Égypte, en Syrie-Palestine.
     En Palestine, au premier siècle de notre ère, elle constitua la langue du peuple, l’hébreu restant la langue liturgique et celle des hautes classes.  Jésus et ses apôtres s’exprimaient en araméen. Dans l’Ancien Testament, certaines parties des Livres d’Esdras, de Daniel, et le livre de Tobie, le livre d’Enoch, le Testament de Lévi, trois textes apocryphes, furent écrits en araméen. Le Talmud de Babylone fut rédigé aussi en araméen. 

Deuxième période : Araméen syriaque

    
     Au tournant de l’ère chrétienne, au nord de la Syrie, la langue araméenne  évolua en une série de dialectes.  Elle prit un nouvel élan, avec le dialecte syriaque.  L’écriture syriaque apparut pour la première fois dans des inscriptions rupestres, dans la ville d’Édesse (l’actuelle Urfa, au sud-est de la Turquie) et sa région.  L’écriture syriaque était alphabétique, elle comprenait 22 signes représentant des consonnes, elle s’écrivait de droite à gauche. Elle se développa à partir du troisième siècle, elle acquit les formes de l’écriture dite « Estranghelo », du grec stroggulê, ( rond ).
     A cause des disputes théologiques, la communauté syriaque se divisa durant le cinquième siècle en Nestoriens ou Syriaques de l’Est, vivant dans l’Empire perse, et en Jacobites (qui étaient monophysites) ou Syriaques de l’Ouest, établis dans l’Empire byzantin.
Avec la conquête arabe, au septième siècle, et l’arabisation du Proche-orient, le syriaque perdit du terrain et de l’influence.
     Les Syriaques produisirent une grande littérature, commentaires de la Bible, théologie, philosophie, sciences, médecine.  Citons parmi les grands philosophes Bardessane (153-222), Sergius de Rashaïna (+536), Sévère Sebokht (+667), Honayn Ibn Ishaq (808-873), Matta Ibn Yunis (+940), Yahya Ibn Adi (+974) et Ibn al-Tayyeb (+1043) . Parmi les historiens, Michel le Grand (1126-1199), Elie de Nisibe (975-1046) et Bar Hébraéus (1226-1286) s’illustrèrent particulièrement Du troisième siècle au treizième siècle, l’influence des Syriaques, de leur langue, de leur religion, s’étendit vers l’Asie centrale et la Chine.

Troisième période : Araméen moderne (soureth)  

     Aujourd’hui la langue araméenne est parlée par 2 millions de personnes environ, qui sont les Assyro-Chaldéens et les Syriaques orthodoxes et catholiques.
     Ils utilisent toujours l’alphabet syriaque.
     Ils sont un demi-million dans la Diaspora, établis aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Europe. Le foyer de leur langue demeure la Haute Mésopotamie, où plusieurs villes et villages s’expriment en araméen, répartis autour du lac d’Ourmia en Iran, dans la région du Tour’ Abdîn  au sud-ouest de la Turquie, et en Syrie, dans la région du fleuve Khabour.
     Depuis 1992, au  Kurdistan irakien,  dans le Département de l’Éducation Nationale fut créée une Section spéciale pour l’enseignement de la langue syriaque. Une soixantaine d’écoles et quatre lycées suivent ce programme, officiellement enseigné par des professeurs laïcs.
     Une trentaine de revues et de magazines paraissent régulièrement au Kurdistan irakien autonome. Quatre chaines  de télévision diffusent en langue syriaque des programmes intéressants, Ishtar TV, Ashur TV, Suroyo  TV, suryoyo Sat.

La lumière de la langue araméenne continue à briller.

16 avril 2011 Paris
Ephrem Isa YOUSIF
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